Mots de glycine

Mois : mars, 2013

La petite voix

by florencebenedettigall

Printemps des Poètes

Je reçois des amis H.et D. une trés belle image: deux réalités s’entrecroisant, un paysage deviné en trois zones colline, lointain, ciel, et, s’immisçant légèrement, des empreintes de rouille et de mémoire ; et là au coeur de l’image, plié bien au chaud, un petit poème de Francis Dannemark, tiré du recueil « Une fraction d’éternité » 2005.

Dans les vociférations

Dans les vociférations des fous de guerre
Dans le cliquetis assourdissant de l’or
Dans le vacarme vaniteux des marchands
Dans le hurlement des sirènes ambulancières
Dans le tintamarre croissant des politiciens
Dans le tumulte des écrans petits et grands
Dans les tempêtes rhétoriques des théologiens
Dans le silence terrifiant de l’amour absent
Essayez au moins une fois
La petite voix d’un poème.

les voix du poème

by florencebenedettigall

Les « Chats Pelés » ont fait ce printemps 2013 une affiche vraiment tonifiante, drôle, sonore, pour fêter les voix du poème. Quel plaisir !
Mais qu’est-ce qu’elles disent, chantent, racontent, ces voix, alors que le printemps au lieu de nous mettre en situation bucolique, disparait sous les torrents les vents et les neiges ?

Les voix du poème

L’une chantonne nos enfances
murmure nos hésitations
chuchote nos folles questions
fredonne nos espérances

Une autre hurle nos colères vertes
fracasse les murs de nos peurs
chante à tue-tête en haute mer
et nous enivre au corps au coeur

Une autre se fait herbe d’été ou brise
vient adoucir nos insomnies
harmonise nos blancs nos silences
et joue voltige scintille et danse

Une autre encore voix de racine de nos corps
tire des mots de vie des mots de mort
des mots de feu d’amour de liberté
dans le soleil et les ombres liés

Parfois ensemble elles vibrent à la folie
multiples nous entrainent dans l’écho du vent
avec les fils des mots en mouvement
écoutez-les tisser les couleurs de nos vies.

Balbuciendo

by florencebenedettigall

Le mot de Michèle Finck, que j’aurais du écrire d’autre manière, vibre à travers tout son ouvrage, l’enfance, la mort, la mémoire, et les syllabes qui se déroulent étrangement, comme venant d’une autre voix, celle qui raconte la magie du « petit piano de paille », du « petit piano de paille du père » , et le « balbuciendo » au timbre lointain, et en même temps présent dans l’expérience même, du souffle, des cordes vocales touchées, de la couleur des mots qui sortent, doucement certes, avec l’émotion de l’essentiel … musique liée au souffle même; par ailleurs, dans cet accès à l’essentiel, la musique devient violente, parfois si violente que le lecteur se surprend à revenir en balbutiant aux mots premiers, humbles, réduits, comme pour retourner au silence, ou au « juste après » le silence. Balbuciendo.

« 

Tremblement
sur le piano noir
d’un flocon de neige. »

Balbuciendo p 76

Balbuciendo de Michèle Finck

by florencebenedettigall

Je retrouve ce petit texte de Michèle Finck, l’envie de le poser ici dans sa musique intense.

Ecriture : tour, terre, terrier, trou.
A-pic du cri dans l’oeil de la gorge.
Les mots titubent atterrés de mémoire.
Les souvenirs brûlent le vagin du visage.
Une étoile anonyme essuie les larmes.
Les onomatopées de l’os tournoient.
Poème : scansion du noir, balbuciendo.

Il suffit de passer le pont.

by florencebenedettigall

Passer traverser aller au delà aller outre prendre le pont de l’Oultre et continuer à se dire: je vais voir de l’autre côté, je suis ici et ailleurs, je suis toi et moi, je suis Pont et Brücke, je regarde devant et je me retourne, ou je me retourne et je regarde devant
 »

So viele Brücken gibt es,
Dass sie nie vergessen !
( … )
Grosse Brücken, kleine Brücken, lange Brücken, kurze Brücken,
Steinbrücken, Stalhbrücken, Ziegelbrücken, Holzbrücken,
Neue Brücken, alte Brücken
Brücken uber Wasser, Brücken über Land,
Schöne Brücken und hässliche Brücken,
Berühmte Brücken und vergessene Brücken.
Brücken, die ich nie sah,
Brüchen, die ich nie zählte,
Brücken, die ich nie betrat,
Brücken, Brücken, Brücken … »

Lu à Hambourg au Museum für Volkerkunde .

La lettre H n’est-elle pas elle même la représentation du Pont ?

lire l’ombre

by florencebenedettigall

Les mots sortent -ils du dessin ? c’est l’ombre, l’ossature même de cette glycine, le signe d’une présence sur le mur blanc . Il est vain de vouloir fixer le fluide, le son des signes projetés, la syntaxe de la mélodie. Juste, peut-être en laisser se diffuser un bruissement émergeant de loin en moi et retrouvant les autres.
Il est plus aisé de détacher alors, du fleuve chargé et bouillonnant, quelques syllabes de vie.
Essayer d’intégrer l’image photographique de l’ombre de la glycine fut un parcours labyrinthique pour le moment sans issue.

La flamme de la petite bougie

by florencebenedettigall

je retrouve le beau texte d’Abdellatif Laâbi:

La Flamme de la petite bougie

Cela dit
c’est de persister qu’il s’agit
Ne pas oublier
le feuillage ayant cette vertu
les astres inexplorés
qui naviguent à vue
sur les flots de l’éternité
Protéger de ses poèmes nus
la flamme de la petite bougie
Supporter la brûlure
de ses larmes
et savoir à temps
la passer au suivant.