Mots de glycine

Mois : Mai, 2013

Coucou le coucou

by florencebenedettigall

Ce matin, installé, il me répète sa présence, et me renvoie à Guillevic.

Voici que le coucou
T’honore à nouveau
De son chant,

te rend à ta dimension,
Te donne

La possession
De la clairière.

Et ce coucou et le mien se répondent et me renvoient à la belle dernière suite de Guillevic, »Vieillir »

Une de ces variations, la dernière de XXVII, nous parle bien sagement :

Tu as beau vieillir,
Tu ne déborderas pas.

Tu n’es pas rivière,
Tu suivras ton cours.

Tâche de t’y plaire.

Guillevic. Présent.

Les rivières de la mémoire

by florencebenedettigall

Réseaux étranges qui disparaissent dans des zones souterraines et parfois ressurgissent, à l’occasion d’un mot, d’une image, d’un regard, d’un lieu.Parfois c’est la rencontre de plusieurs ruisseaux qui fait remonter à ce qui peut être la source, en sachant bien qu’elle, cette source, vient de bien plus loin encore.
Ainsi est revenue dans la mémoire de l’une, la rivière de Claude Roy, en flots hésitants dans l’ombre, puis ensoleillés. La voici, présente dans son déroulement régulier. Dans ses résurgences elle en a réveillé d’autres, et parmi celles-ci, toutes différentes, celle des Plats, le Duzon, avec ses schistes luisants, et ses enfants joueurs.

Dans son sommeil glissant l’eau se suscite un songe
Un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes
Et ne sait jamais bien dans son dormant mélange
Où le bougeant de l’eau cède au calme des plantes

La rivière engourdie par l’odeur de la menthe
Dans les draps de son lit se retourne et se coule
Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
Elle est celle qu’elle est surprise d’être une autre

L’eau qui dort se réveille absente de son flot
Ecarte de ses bras les lianes qui la lient
Déjouant la verdure et l’incessant complot
Qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies.

Claude Roy.
Poésies. Gallimard.

Celui de Bonnard, raconté par Guy Goffette

by florencebenedettigall

Bonnard sait que ses heures sont comptées. Il est allé aussi loin qu’il a pu dans son regard et en revient rasséréné. Au fond du noir, il y a toutes les couleurs de L’Amandier en fleur, le dernier tableau auquel il travaille. Et c’est un cri d’amour à la vie. Un arbre pour finir et ne pas finir, un arbre debout comme un homme. Pas n’importe quel arbre, pas n’importe quel homme. Mais celui qui fleurit en hiver quand tout ce qui se tient autour fait le mort, celui qui met le plus de lumière dans la ténèbre, avec ses boules de fleurs blanches, un arbre pour rappeler à l’homme que la vie ne meurt pas, mais seulement ses apparences qui sont des masques. C’est cet arbre-là que Pierre est allé chercher au plus profond de lui-même, sans y penser, sans le vouloir. En le peignant, il n’a pas vu sans doute qu’il faisait, après le cheval de cirque, un autre de ses autoportraits. Il n’a pas vu que les branches de l’amandier étaient noires et noueuses comme ses propres bras, pas vu que la blancheur de ses cheveux épousait celle des fleurs, non, il a senti monter l’arbre en lui, percer les bourgeons au bout de ses doigts, fleurir la vie qui n’a pas de fin.
« Il ne s’agit pas de peindre la vie. Il s’agit de rendre vivante la peinture. »
De son lit, avant de mourir, il a appelé Charles Terrasse, son neveu, et lui a désigné l’Amandier posé par terre: » Ce vert, sur le terrain, là, ne va pas. Il faut du jaune. » Charles lui a tendu le pinceau et tenu la main, et Pierre a renversé d’un geste sur la terre au pied de l’arbre tout l’or de sa vie: le champ de blé où Marthe l’a fait rouler, la flamme dans l’oeil du cheval et ses ailes de papillon de l’an 2000.

Elle, par bonheur, et toujours nue
Le papillon de l’an 2000 chapitre 4
Guy Goffette.

A la recherche de l’amandier

by florencebenedettigall

A travers un pays de collines, on suivait les petites routes sinueuses, à la fin de l’hiver. Plus tard, les petites routes sinueuses de la mémoire. Il fallait retrouver l’Amandier, celui dont chaque année on guettait la floraison précoce. Où le retrouver, à quel virage , prés de quelles maisons, sinon dans quelle mémoire partagée ? IL apparut une fois dans un tableau de Bonnard, L’ Amandier en fleurs, son dernier tableau. Il y resta, portant en lui malgré sa fraîcheur, tous les amandiers premiers rencontrés, dans leur commun pouvoir d’annonciation.
Guy Goffette le raconte merveilleusement, dans « Elle, par bonheur, et toujours nue ».

et la mer poursuit son balancement

by florencebenedettigall

Sur le sable
les traces vives des pattes d’un oiseau
envolé

un trou hurle l’absence dans les rochers
à marée haute.

Plus tard
débris fines coquilles arabesques algues et or
laissés

présents
à marée basse

mer veille
musique au loin

elle s’endort.

Les Voix du Poème par ici

by florencebenedettigall

Le printemps explose partout, glycines et clématites, iris et arbres de Judée, et poèmes par ci, poèmes par là au milieu des lilas, au coeur de chaque tulipe.
A la Galerie La Gouët, à Les Molettes, ce fut cela, jeudi soir, mots et voix, malice et sentiments, rêves et mots militants. Courriers exceptionnels, peints, brodés, façonnés, découpés, exposés dans le bonheur, puis lus par quelques uns, émotion, sourires, tendresse des mots de vie.
Et que dire quand les mots s’accompagnent de présences chaleureuses, de partage de bonnes choses, à boire, à manger…la vie bien savoureuse, oui, en ce printemps. Contre l’obscur, contre la disparition, contre le vide.

pour Mathilde

by florencebenedettigall

Sur le sable

les traces vives des pattes d’un oiseau

un trou hurle l’absence dans les rochers

à marée haute

Contre le tigre contre l’absence

by florencebenedettigall

Je retrouve le merveilleux petit texte d’Hervé Le Tellier, et je me le raconte dans le noir.

TOUT PETIT POEME

tout petit poème sauve-moi
tout petit poème aide-moi
dans la jungle il y a le vrai tigre
et tant d’heures dans un vrai jour
toi tu es si petit mon poème
si petit et si grande ma peine
sois courageux pour deux petit poème
sois fort sois doux fais-toi beau vraiment beau
sois le plus beau des petits poèmes
de tous les petits poèmes
regarde comme je l’aime
et vois vois tout ce que je te donne pour ta route
range tout bien
ne perds rien sur le chemin
je sais que tu n’es pas grand-chose
et que dehors il y a l’absence et le tigre et la vie
mais tu es tout ce que j’ai ma sentinelle de papier
alors
tu dois l’attendre elle viendra bien un jour
elle te prendra elle te lira
ce jour-là tiens-toi droit ne pleure pas
fais juste ce que je t’ai dit rien de plus
offre-lui tout ce que tu as tout
tes syllabes tes mots de rien
et puis parle-lui avec ma voix tu la connais
comme je l’ai fait la dernière fois tout bas
tu dois avoir confiance en toi en elle en nous
n’ai pas honte d’être si petit
un brave petit poème comme toi ça peut tuer les tigres
un brave petit poème comme toi ça peut sauver l’amour
tout petit poème aime-la
sauve-nous tout petit poème.

Hervé Le Tellier, Zindien, Le Castor Astral