Les rivières de la mémoire
by florencebenedettigall
Réseaux étranges qui disparaissent dans des zones souterraines et parfois ressurgissent, à l’occasion d’un mot, d’une image, d’un regard, d’un lieu.Parfois c’est la rencontre de plusieurs ruisseaux qui fait remonter à ce qui peut être la source, en sachant bien qu’elle, cette source, vient de bien plus loin encore.
Ainsi est revenue dans la mémoire de l’une, la rivière de Claude Roy, en flots hésitants dans l’ombre, puis ensoleillés. La voici, présente dans son déroulement régulier. Dans ses résurgences elle en a réveillé d’autres, et parmi celles-ci, toutes différentes, celle des Plats, le Duzon, avec ses schistes luisants, et ses enfants joueurs.
Dans son sommeil glissant l’eau se suscite un songe
Un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes
Et ne sait jamais bien dans son dormant mélange
Où le bougeant de l’eau cède au calme des plantesLa rivière engourdie par l’odeur de la menthe
Dans les draps de son lit se retourne et se coule
Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
Elle est celle qu’elle est surprise d’être une autreL’eau qui dort se réveille absente de son flot
Ecarte de ses bras les lianes qui la lient
Déjouant la verdure et l’incessant complot
Qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies.
Claude Roy.
Poésies. Gallimard.