Les mots de la glycine

par florencebenedettigall

Elle dit, présente, inscrit et le temps révolu et le temps à venir.

Les gousses préparées en de longs mois, portant une, deux ou trois graines, explosent au soleil en fin d’après midi, les graines sont violemment expulsées, petits disques bruns vernissés, la gousse dure comme bois, ouverte en deux ailes ouvertes encore accrochées à la branche par une attache fine, pendant que sûrement se forment, sur la même branche de bois sombre, de nouveaux bourgeons,  volumes ovales faits d’un étrange duvet grisâtre, qui semble contenir déjà le mauve et le vert à venir. Nulle feuille encore, mais le squelette nu de la glycine, comme une inscription  calligraphique du temps, elle même renvoyée doublement, et dans son ombre, et dans son reflet sur la vitre.

Elle n’est que dessin mais elle annonce couleurs, volumes, parfums et  bourdonnements.

Encore une fois, encore, le temps, ses morts, et ses futurs, me sont chantés et m’enveloppent de leur évidence commune, banalement sensible en toute végétation, mais peut-être plus encore en elle, ma glycine.

Ses mots glissent en moi, ici.