Mots de glycine

Mois : juillet, 2014

Couleurs

by florencebenedettigall

Par le hasard de livres ouverts, feuilletés, reconnus comme de vieux amis ,  je retrouve un texte de Vieira da Silva qui me parle fort.

 

Je lègue à mes amis

un bleu céruléen pour voler haut

un bleu de cobalt pour le bonheur

un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit

un vermillon pour faire circuler le sang allègrement

un vert mousse pour apaiser les soifs

un jaune d’or: richesse

un violet de cobalt

une garance qui fait entendre le violoncelle

un jaune baryte science fiction, brillance, éclat

un ocre jaune pour accepter la terre

un vert Véronèse pour la mémoire du printemps

un indigo pour pouvoir accorder l’esprit à l’orage

un orange pour exercer la vue d’un citronnier au loin

un jaune citron pour la grâce

un blanc pur: la pureté

terre de Sienne naturelle: transmutation de l’or

un noir somptueux pour voir Titien

une terre d’ombre pour mieux accepter la mélancolie noire

une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de la durée. 

 

Amies et amis peintres, vous y retrouvez-vous ?

Pluies soleil

by florencebenedettigall

Pluies soleil

.Ce matin me revient un petit texte de Ludovic Janvier, sorti de la lumière même.

 

Après la pluie vacance de cristal

brindille au bec un oiseau fend le bleu

on respire à coeur un envoi d’herbe

émané de la dernière eau

 

soleil cru

oeil de silence

on est fendu par la frontière

entre balance et suspens

le secret s’avance d’un pas

le jour se lève sur parler

 

Ludovic Janvier, Une poignée de monde, poèmes, Gallimard.

Pluies soleil

by florencebenedettigall

Juste écrire le plaisir visuel de ce jeu d’alternance des lumières des regards des balancements des contrastes fugitifs, dire la fluidité de tout point de vue , la mobilité d’un monde à moi présent , donné dans son déroulement de mouvances,  son miroitement de reflets, son flux fascinant, et sa légèreté. Mes mots sont si lourds pour ces lumières, si opaques pour ces grisailles … y chercher le silence.

de-ci de-lac

by florencebenedettigall

On  traverse un océan en oiseau par dessus les voiles de nuages, on traverse toute une large terre, dans la tête, épaisse masse géographique, carte et vues imaginaires, puis, de l’autre côté, si loin, si loin, on entre avec appréhension, juste les doigts de pieds dans cette mer impressionnante, aux rouleaux fracassants,  on entre frissonnant d’émotion, une petite fille joyeuse éclabousse de rires ces premiers pas et vous donne la main, on ferme le yeux, les oreilles, et on se dit: « de-ci de là merveille ».

On serait bien restée, partie plus loin, on aurait bien pris kayak, radeau, planche, brindille, fétu de paille, mais non, on est attendu ailleurs.

Oiseau, bien sûr, on redevient, on revient, de ci de lac, au bord, sur un ponton, on s’ébroue, on s’agite, avec quelques autres, heureux, on profite des lumières, des insectes, de l’eau tranquille. On est heureux, on peut chanter.