Mots de glycine

Mois : octobre, 2014

un trille sur sa treille

by florencebenedettigall

Je lis ce matin dans l’anthologie permanente de POEZIBAO un très beau texte de Laurent Albarracin , extrait de  » Le Déluge ambigu ».

Un petit extrait pour le plaisir, même si le poème semble être dans  un flux important, dont il est un peu bête de saisir juste un fragment. Fragment de flux,  opération difficile, mais juste saisir un peu de l’ensemble.

 

Oui la beauté est toujours un peu

le poinçon en nous de la tristesse

Qu’est-ce que cet oiseau qui pépie

sinon en effet un pincement épaissi

de la corde du coeur ?

 

L’existence de l’oiseau, précisément l’oiseau la figure

avec son apparence de gros poing délicat

(d’une délicatesse que soulignent ses fines pattes)

serré sur sa branche fragile

avec sa balourdise aussi de vilain point sur un i

ou son air de noeud pompeusement noué

autour du chant qui le traverse

 

 La vie fluente est un mince filet

qui s’écoule et qui retient

ce qui est qui s’enroule

comme un trille sur sa treille 

Laurent Albarracin. 

L’homme qui marche

by florencebenedettigall

Au col des clartés

il enjambe les terres

il va il arpente il ouvre

les passages

 

torrents forêts lignes de crêtes

déserts champs de neige

la marche est souveraine

 

du sol sang premier

il nourrit la cadence

il va il tire après lui

une ombre régulière

aux échos de ses pas

d’autres le suivront

 

au col des clartés

il enjambe les nuages

il va il arpente s’élève

traverse nos rêves

 

de la nuit

il cueille une étoile

et repart.

marche

by florencebenedettigall

L’écriture comme une marche, parfois tranquille, régulière, contrôlée. Je rêve souvent de cette marche ci dans l’usage des mots, bon exercice régulier nourrissant.

Parfois plus ambitieuse, la marche d’approche qui vient après la décision, le choix, la mise en forme. Tranquillement on entre dans la réalisation, on prend le contrôle, le rythme de respiration, et on sait que cela sera long, difficile et décisif. Puis la partie plus ardue, périlleuse, l’abrupt, la fatigue, le temps, tout facteur de combat, dans l’ascension. Après, ce peut être la souffrance, la légèreté facile, la discipline, la ténacité, le sens de la victoire, tant d’états, de sentiments, d’attitudes, vécus selon les acteurs, les conditions et le je ne sais quoi qui anime le simple déplacement de A à B. En ce cas B est là-haut, attirant, lointain, et le rêve de s’en approcher a nourri la préparation.

Ecrire me semble un peu similaire, et je rajoute pour l’une et l’autre des démarches, le découragement, l’abandon, le non-sens qui peut à tout moment envahir douloureusement. On revient au départ du sentier en colère ou épuisé, la cheville foulée et les mots dans un tunnel.

Et puis bien sûr il y a aussi les temps de grâce, le pied allègre, l’air vif, léger, le souffle bien adapté, et l’aisance de la grimpette;  on ne savait pas, c’est incroyable, on voit très loin, le ciel est clair et l’arête toute proche. Les mots , le rythme s’installent dans l’aisance et on ne comprendra pas  pourquoi ce matin là une page s’est écrite, ou une strophe, ou deux vers,  que l’on reconnait comme venant spontanément de très loin en soi, dans une sorte d’accomplissement.