Râteau ratures

par florencebenedettigall

Me voici dans un fouillis de feuilles de glycine, extirpant d’un énorme écheveau de mots des fragments à sauver de la mise à feu, ou  d’une autre destruction énergique. Et je pratique la rature, et la rerature, et la rererature  avec le crayon,sur le papier, et la rature est plaisante pour quelqu’un comme moi, car le mot est barré sans être détruit, dans un premier temps, avant sa disparition nécessaire. Bien sûr le travail sur l’écran de l’ordi est bien  différent, l’effacement est si facile…on annule, on absente si facilement  et si vite !

Non, j’en suis à raturer. Et il me plait que le mot « raturer » un peu laborieux viennent du mot latin « radere », qui signifie gratter et raser, tondre. Les mots  » ratisser » et « râteau » ont même origine. Je suis en train de ratisser mon écheveau , désordonné, volubile (tiens, un volubilis est venu se mêler à la glycine, quel  couple ils font !)

Ce travail difficile de rasage, élagage aussi, doit donner à la forme la possibilité de s’affirmer, de sortir du fouillis. Ce travail me plait car il s’inscrit dans le temps, comme une sorte de nettoyage contrôlé, pour un palimpseste possible. Par contre, aucun schéma n’est prévu d’avance.

J’observe aussi que dans mon petit dictionnaire latin « radere » vient juste après « radix », la racine. La rature vient après la racine. Cela me plait bien, cette rencontre alphabétique. Rester près de la racine, et raturer, ou ratisser.

Et ce matin justement le site Pozibao me renvoie à un recueil de Jean Tortel:  Ratures des jours. Je vais y aller, quand j’aurai ratissé les dernières feuilles végétales réelles, qui s’accumulent sous le balcon occupé par ma glycine.

Dorure des jours, dernières  légères touches de l’automne.