Mots de glycine

Mois : février, 2015

neigeons encore

by florencebenedettigall

Alors qu’ici la neige est devenue  matière durcie gelée, fondant sournoisement dans la journée et se redurcissanr au soir, je relis et termine le texte de Lorand Gaspar, d’une matière légère, les mots sont à peine matière, subtile musique vers un état autre. C’est la troisième variation de NUITS ET NEIGES :

 

flocons, pétales, duvets

d’un être là indivis

irriguant cailloux et fugues

roses rouges sur les joues

de l’enfant seul à l’écoute

des pas feutrés dans la nuit

du blanc sur blanc sur la terre_

 

 

nuits et neiges (suite)

by florencebenedettigall

Une deuxième tombée de neige, une deuxième tombée de mots, la deuxième variation de Lorand Gaspar, dans NUITS ET NEIGES, variations sur un thème d’enfance. J’ai plaisir à la regarder tranquillement, loin des fracas et conflits

 

Neigez ô neiges, neige dans mon corps

neigez sur le noir des ailes pensées

aérez de vos danses tous ces mondes

d’épaisseurs immobiles jamais dits

faites jaillir le bonheur que l’on croit

à jamais banni de la finitude_

 

couvrez de paix, de silence léger,

routes et champs, maisons et joues d’enfants

où jamais l’amour ne fut embrassé_

 

vergers de l’enfance neigez, neigez

sur les déserts de mémoire d’amour_

soyez la fraîcheur de tant de nuits blanches

neigez, neigez sur nos pas dans la nuit_

 

Je rêve autour de cette variation, quand m’arrive un mail de Nouara qui me dit sa grande colère contre un nouveau « blizzard » annoncé, xième tempête de neige dans le nord de l’état de New York. Ce sont de bien autres variations.

 

 

Nuits et Neiges

by florencebenedettigall

Me revient,  à propos de ces sensations et images liées à la neige, un texte de Lorand Gaspar. J’en avais un souvenir léger et  fin, je l’ai retrouvé dans un recueil intitulé Patmos et autres poèmes, publié chez Gallimard en 2001.

NUITS ET NEIGES

                                                     Variations sur un thème d’enfance

 

Des voix de neige tournoient dans la nuit

le même enfant regarde le silence

danser pour ceux qu’étonne d’être là_

 

éclats de joie dans l’incompréhensible_

 

Neigez ô neiges, neigez, neigez

pattes de velours, cristaux impensés

neigez silence, neigez idées,

clartés sans mots écloses sur les lèvres

 

flocons, pétales, duvets

d’une pensée indivise

neigez dru dans nos ténèbres

îles de battements blancs_

 

Cette première variation s’infuse dans la douceur simple du langage, et je m’amuse de l’insensibilté de nos machines: le correcteur orthographique met du rouge! sur la neige, sur l’intouchable! il censure « neigez » et « impensés ».

je neige tu neiges il neige, nous neigeons, que vous neigiez, neige, ils neigèrent, que vous ayiez neigé  tout le mystère de ces transformations, nous neigerions sans fin pour adoucir le monde …

Neigez, Lorand Gaspar, neigez vos mots  de vie, cristaux impensés.

à pas feutrés

by florencebenedettigall

à pas feutrés

à pas d’enfance

elle est venue

la silencieuse la multiple la régulière la dentellière si légère si fragile cristalline, le temp s’affine, le temps s’effrite,

la magicienne fascinante la caressante la dormante l’amante dans les grands draps tissés de songe et de réel

la dormante la menaçante l’effaçante

à pas de silence

à pas de gisant

elle installe  un ensevelissement des formes des voix des mouvements

inaudible

immobile

vertige

vide

 

et nos mémoires s’enneigent.