Mots de glycine

Mois : juillet, 2015

déchetterie

by florencebenedettigall

tailler élaguer couper réduire massacrer anéantir puis rassembler tasser entasser transporter transférer perdre se soulager s’alléger oui …pour ne pas être étouffée

dans la benne végétaux mêlés tous sacrifiés méprisés inutiles encombrants insupportables prêts à d’autres transports moignons cadavres ou chairs mourantes, parfois une fleur encore parfois gousse trésor de graines méprisées inutiles sources d’envahissement d’étouffement  de pourriture de démence.

la deuxième floraison de la glycine, la grâce même de ses grappes éparses dans le foisonnement de feuilles fraîches malgré la canicule

et tous les mots jetés inutiles dans la grande benne du temps, peut-être certains dans leurs gousses d’un velours vert tendre garderont-ils jusqu’à leur heure de maturité les graines prometteuses, même dans le fond de végétaux confondus mêlés refusés pilonnés.

Mots de glycine, encore encore, dans l’histoire même d’une vie. Liane labyrinthique indomptable aux racines inquiétantes, aux mélodies et danses imprévues filant secrètement . Les mots glissent et s’affolent. Les mots s’installent et vibrent. Les mots restent vie.

carnet nomade

by florencebenedettigall

L’amie H me donne à  écouter le malheureusement dernier Carnet Nomade de France Culture. Plaisir des découvertes et des rencontres, une merveilleuse émission qui disparait. Et alors que j’étais retournée à Patmos, avec Lorand Gaspar, je m’y trouve avec Antoine Silber, prés de la mer, prés des cyprès, et du monastère, à l’écart du monde;  loin, et pourtant liée à ce pays en souffrance dont nous portons plus que jamais le souci.

« Les cyprès de Patmos » d’Antoine Silber.

Et je reprends le texte intense de Lorand Gaspar, Monastère, dans « Patmos et autres poèmes »

 

Peut-être une faille qu’ouvrait

Dans le flanc rocheux le silence

 

souffle qui fut de toujours

poumon clair d’esprit dans la pierre

 

levant le pain très blanc d’un cri

dans le corps sombre des basaltes

 

et après cet essentiel cadre, le chant nocturne venant du monastère:

 

un son qui t’accompagne, une lame d’éclair

deux heures du matin quelque part dans l’espace

syllabes de lueurs, bougies qui dérivent

le chant est un tortueux labyrinthe

creusé dans les corps solitaires –

nous conduira-t-il jusqu’à l’aube ?

 

Je navigue sur ce chant et rejoins la fin de ce texte envoûtant :

 

Nous sommes les eaux de l’immobile voyage

les faîtes et les creux du temps

serrant la barre du cri sur le ventre –

 

dans les labours de mer des ombres blanches

fous, pétrells, frégates, fulmars

fouillent l’écume des eaux déchirées –

Oiseau de mer nous devenons, près du monastère, à Patmos, avec les flots.

 

bien sûr qu’on peut y être aussi

by florencebenedettigall

« Le bruit de l’eau qui roule dans les pierres

sons brodés par nuit calme sur la mer

ces langues que j’ignore et qui me parlent

 

j’ai sur ma table à portée de main

des cailloux longuement travaillés par la mer

les toucher, c’est comme si les doigts

pouvaient parfois éclairer la pensée  »

La nuit ici caniculaire s’est doucement transférée dans  » La maison près de la mer », rivage  grec libre de tout tumulte humain , porteur de tant de rêves

SI beau est ce texte de Lorand Gaspar que je ne peux que le suivre:

« tôt le matin une mer sans un pli

peau tendue d’un immense fruit mûr

qu’ouvrent de la base au sommet les bras

que lentement écarte le nageur_

 

Loin du rivage un pêcheur immobile

debout sur les eaux, sa main droite tient

pareille à celle de l’aurige à Delphes

un fil rompu le liant par-delà

le temps et la brume à l’insaisissable_ »

Oui , juste une petite maison sur le rivage pour entendre la mer et rejoindre le pêcheur… et nager loin, par -delà…

sinon, prendre entre ses doigts le galet grec ou breton, gris, blanc,  ocre ou bleuté, et le laisser raconter une histoire.

comme si on y était

by florencebenedettigall

  » d’abord le bruit continu de la mer

musique où le silence aussi s’entend

_celui qui étoffe le moindre son_

tant de langues dans les arbres, les vents

tant de sons clairs qui déploient l’étendue

tiou-tiou-ti…tchrr tac-tec tsi …

que l’esprit garde dans un doux duvet d’ailes … »

matin immobile déjà étouffant ici, et il suffit d’un si léger souffle-duvet pour que viennent un autre monde  en moi prêt à émerger… grâce aux mots d’un autre.

C’est un extrait de « La maison près de la mer » de Lorand Gaspar.

mot à mot

by florencebenedettigall

le rythme du temps, des pas, des respirations, des mots entendus, répétés, des mots écrits, lus et relus, des mots usés épuisés effacés, des mots détachés, juste perçus comme signes sonores de notre appartenance à l’espèce, et la nécessité de les utiliser, tels qu’ils sont, dans les limites de leur pouvoir de reconnaissance, juste ici, glissant dans la lumière du matin sur le clavier inutile…

 

Alors le besoin s’impose, recourir aux magiciens. Par besoin de survie, je le fais.

Projetés

Au centre du secret –

 

Au centre du silence

Habité par lui-même,

 

Par la puissance du langage

Pas encore proféré. 

Guillevic,  Présent.