carnet nomade
by florencebenedettigall
L’amie H me donne à écouter le malheureusement dernier Carnet Nomade de France Culture. Plaisir des découvertes et des rencontres, une merveilleuse émission qui disparait. Et alors que j’étais retournée à Patmos, avec Lorand Gaspar, je m’y trouve avec Antoine Silber, prés de la mer, prés des cyprès, et du monastère, à l’écart du monde; loin, et pourtant liée à ce pays en souffrance dont nous portons plus que jamais le souci.
« Les cyprès de Patmos » d’Antoine Silber.
Et je reprends le texte intense de Lorand Gaspar, Monastère, dans « Patmos et autres poèmes »
Peut-être une faille qu’ouvrait
Dans le flanc rocheux le silence
souffle qui fut de toujours
poumon clair d’esprit dans la pierre
levant le pain très blanc d’un cri
dans le corps sombre des basaltes –
et après cet essentiel cadre, le chant nocturne venant du monastère:
un son qui t’accompagne, une lame d’éclair
deux heures du matin quelque part dans l’espace
syllabes de lueurs, bougies qui dérivent
le chant est un tortueux labyrinthe
creusé dans les corps solitaires –
nous conduira-t-il jusqu’à l’aube ?
Je navigue sur ce chant et rejoins la fin de ce texte envoûtant :
Nous sommes les eaux de l’immobile voyage
les faîtes et les creux du temps
serrant la barre du cri sur le ventre –
dans les labours de mer des ombres blanches
fous, pétrells, frégates, fulmars
fouillent l’écume des eaux déchirées –
Oiseau de mer nous devenons, près du monastère, à Patmos, avec les flots.