Mots de glycine

Mois : septembre, 2015

juste des arabesques

by florencebenedettigall

Temps chargé, actualité lourde en problèmes, le sentiment d’être inutile inconscient vain.

Je sors pour chasser ce sentiment d’impuissance, et vlan, me voici embarquée dans bien autre chose: ballet, incroyable ballet, arabesques sans rupture, grandes courbes, vers le ciel, vers la terre,  tempo si vif, si décidé, impossible de faire autre chose que suivre des yeux les mouvements rasants et célestes des martinets. Est-ce annonce de leur départ? est-ce rassemblement  festif ? leur langage m’échappe mais me séduit. Nul cri pour accompagner, juste le sifflement léger des ailes. Je m’émerveille, je laisse tous les poids du monde, et je les suis.

couper court

by florencebenedettigall

« Un pas vers le moins est un pas vers le mieux  » a dit Nicolas Bouvier . A qui pensait-il en avançant ce beau conseil ? à lui même ? aux amoureux des mots  ? peut-être  à une glycine.

Coupe sévère de glycine

by florencebenedettigall

débordements envahissements encombrements les mots sans cesse avancés développés déformés insensés incontrôlés, et  dans l’aigu de l’envaguement la nécessité de

trancher

sans procès

pour juste

ne pas étouffer.

 

Glisser

by florencebenedettigall

Glycine se glisse, glycine trouve délice à se glisser le long d’un support qu’elle s’est trouvé.

Oui c’est bonheur de se glisser dans la création d’un autre,  c’est confortable et audacieux, on est porté, mais l’audace consiste à garder sa propre respiration, fortement.

Dans son roman  » Echapper », Lionel Duroy s’est glissé dans une histoire, un paysage, un peintre, une oeuvre, à ses propres risques. Le livre très personnel résulte de séries de glissements à l’intérieur d’un autre. Et nous lecteurs nous glissons dans son histoire, attachante et dramatique, et sur un toboggan nous nous glissons  dans le livre de Siegfried  Lenz, auquel il nous renvoie,  » La leçon d’allemand », et plus encore dans la vie d’un peintre, double fictif d’Emil Nolde. Son histoire, ou plutôt une partie, celle, terrible, où il subit des ordres hitlériens, l’ interdiction de peindre. Lenz nous fait vivre ce drame de la création à travers un enfant;  tout au long du volumineux roman, nous sommes avec ce gamin Siggi, fils du policier qui doit faire respecter l’interdiction.Nous lecteurs nous approchons de Nolde, non, de Nansen, par l’intermédiaire de Lenz, oui, et de Lionel Duroy, mais aussi de ce gamin, qui est peut-être notre part d’enfance partagée.

Jeu de glissements de personnalité, emprunts, jeu comme au théâtre, ou  jeu d’enfants: « Toi tu serais le peintre qui fait gicler ses couleurs pour peindre un bois, des fleurs, une femme … » et » moi je serais le gamin qui veut entrer dans ce monde qui le fascine »  « et moi je serais le policier » « et moi le voyageur qui retrouve le moulin dont on parle »  » et moi je serais l’envie de créer »  » et moi, l’envie de raconter comme si c’était vrai… »

Le roman de Lenz est d’une richesse étonnante Me reviennent  dans leur intensité, certaines pages    (pages 208 et suivantes) , celle où le peintre acculé déchire son aquarelle en cours de création … celle où le policier ravi  embarque comme preuve les morceaux déchirés … celle où le  policier déballe à sa femme l’oeuvre en morceaux , fier de sa prise …puis celle où l’enfant en cachette récupère les fragments,  cherche, cherche et,  en un puzzle magnifique, jeux de formes et de couleurs, reconstruit l’oeuvre, la cache, pour la sauver; et pour le lecteur,  c’est le glissement  romanesque:   le paysage se reconstruit, ce coin du Schleswig Holstein,  l’hivernale mer du Nord, et les personnages,  l’ étrange homme rouge et le frère aîné de l’enfant. .  Evidente transposition,  c’est le glissement même de la lecture, ce double, cette reconstruction  dans notre  propre imaginaire, d’une toile qui  alors nous appartient. Et finalement, nous les lecteurs, complices complaisants, sommes embarqués dans semblable aventure.

Il y avait un homme en manteau rouge qui marchait sur les mains sur une plage déserte de la mer du Nord , en plein hiver, en présence du grand frère … il y avait  l’enfant qui révélait et sauvait la scène peinte … il y avait  un grand peintre, et son double…  un premier romancier Siegfried Lenz, et un autre romancier Lionel Duroy qui partit sur ses traces en un autre langage.

A chacun de jouer l’histoire, à chacun de peindre l’histoire. A chacun sa propre histoire.

J’irai voir cette plage, là haut bien au nord de Hambourg J’y trouverai mes mots. Peut-être.