il y en a tant qui, les uns après les autres, discrètement prennent le sentier là bas, le baluchon à la Rimbaud sur l’épaule gauche, d’où peu à peu s’envolent des mots à se saouler, des mélodies à accrocher aux arbres, des accords et discordances à broyer dans la cascade… un sourire discret se retournant vers nous, frères inconnus, ou vers les brumes de ce monde ci.
Ludovic Janvier, m’apprend Poezibao, vient de passer la ligne des peupliers, le long du ruisseau malicieux. Je ne connais rien de sa personne , de sa vie, mais j’ ai souvent été comme happée dans Poezibao par des merveilles écrites par lui, légères et poignantes, jubilatoires et essentielles.
Je reprends ce poème:
A moins qu’en tout dernier lieu je me renverse
-est-ce qu’il va s’arrêter choisir- me renverse
dans le lac en regardant les montagnes bleuir
disant Après tout non c’est plutôt là
calmement sur le dos que je vais attendre
le coup de grâce en faisant quoi la planche
l’oeil au ciel et sinon l’oeil au ciel
du moins l’oeil au plafond son ersatz
toi qui rêvais de pardon en écoutant Mozart
plus de Mozart rien que le bruit du sang
accompagnant le bruit du sang rien que le clapotis
du lac bleu qui vous vide en douceur
Annecy le monde et la vie à venir
disparus tout là-bas de la mémoire enfin légère.
Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006