Mots de glycine

Mois : janvier, 2016

Saisi en ouvrant ma fenêtre

by florencebenedettigall

un autre cadeau laissé par Ludovic Janvier:

 

Voyez ce matin comme il me prépare

et l’herbe du pré si elle m’attend

voyez l’eau du lac comme elle me pense

et le bleu du ciel s’il donne à vouloir

 

voyez le chemin comme il part de moi

si l’eau du ruisseau promène ma soif

voyez comme l’ombre a choisi mes mots

et si le caillou ma ramène au temps

 

voyez l’horizon comme il me rattache

si les vols d’oiseaux m’apprennent partir

voyez la forêt comme elle m’écoute

et si le silence est fait de ma voix

Ludovic Janvier, Une Poignée de monde, Gallimard, 2006

encore un qui s’en va nous laissant son baluchon

by florencebenedettigall

il y en a tant qui, les uns après les autres, discrètement prennent le sentier là bas, le baluchon à la Rimbaud sur l’épaule gauche, d’où peu à peu s’envolent des mots à se saouler, des mélodies à accrocher aux arbres, des accords et discordances à broyer dans la cascade… un sourire discret se retournant vers nous, frères inconnus, ou vers les brumes de ce monde ci.

Ludovic Janvier, m’apprend Poezibao, vient de passer la ligne des peupliers, le long du ruisseau malicieux. Je ne connais rien de sa personne , de sa vie, mais j’ ai souvent été comme happée dans Poezibao par  des merveilles écrites par lui, légères et poignantes, jubilatoires et essentielles.

Je reprends ce poème:

A moins qu’en tout dernier lieu je me renverse

-est-ce qu’il va s’arrêter choisir- me renverse

dans le lac en regardant les montagnes bleuir

disant Après tout non c’est plutôt là

calmement sur le dos que je vais attendre

le coup de grâce en faisant quoi la planche

l’oeil au ciel et sinon l’oeil au ciel

du moins l’oeil au plafond son ersatz

toi qui rêvais de pardon en écoutant Mozart

plus de Mozart rien que le bruit du sang

accompagnant le bruit du sang rien que le clapotis

du lac bleu qui vous vide en douceur

Annecy le monde et la vie à venir

disparus tout là-bas de la mémoire enfin légère.

Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006

Trois cailloux

by florencebenedettigall

Par hasard j’arrive sur  ce petit texte de Lorand Gaspar p 52 du recueil intitulé Derrière le dos de Dieu. (nom donné à une région de Transylvanie orientale dont ses grands-parents étaient originaires )

 

Trois cailloux dans ma poche, ramassés prés de la mer

deux noirs, un ocre jaune, plats et lisses, très lisses,

je pense en les touchant au chemin et au temps parcourus

je pense en les touchant au désir d’aller dans l’inconnu

à la force interne qui soude leurs particules, à celle

des vents, des sables et des eaux

dont le jeu me permet je ne sais pourquoi, 

de toucher quelque chose comme

un dur noyau d’être dans l’ouvert-

 

Et dans ce même temps Marie Loiseau en voyage en Equateur m’envoie un merveilleux Eloge du caillou.

 

 

Eboulement

by florencebenedettigall

sur quels galets poser mes pieds

pour passer d’un monde à un autre

 

quelle pierre serrer en ma paume

pour en extraire des mots vivants

 

en quel sable me frayer un passage

sans disparaître dans le silence

à pas léger

by florencebenedettigall

« Tu ne sais ni d’où tu viens ni où tu vas, mais la certitude qu’une direction t’oriente rend ton pas léger »

 

Merci, Bernard Noël ( Mal de l’intime ).