encore un qui s’en va nous laissant son baluchon

by florencebenedettigall

il y en a tant qui, les uns après les autres, discrètement prennent le sentier là bas, le baluchon à la Rimbaud sur l’épaule gauche, d’où peu à peu s’envolent des mots à se saouler, des mélodies à accrocher aux arbres, des accords et discordances à broyer dans la cascade… un sourire discret se retournant vers nous, frères inconnus, ou vers les brumes de ce monde ci.

Ludovic Janvier, m’apprend Poezibao, vient de passer la ligne des peupliers, le long du ruisseau malicieux. Je ne connais rien de sa personne , de sa vie, mais j’ ai souvent été comme happée dans Poezibao par  des merveilles écrites par lui, légères et poignantes, jubilatoires et essentielles.

Je reprends ce poème:

A moins qu’en tout dernier lieu je me renverse

-est-ce qu’il va s’arrêter choisir- me renverse

dans le lac en regardant les montagnes bleuir

disant Après tout non c’est plutôt là

calmement sur le dos que je vais attendre

le coup de grâce en faisant quoi la planche

l’oeil au ciel et sinon l’oeil au ciel

du moins l’oeil au plafond son ersatz

toi qui rêvais de pardon en écoutant Mozart

plus de Mozart rien que le bruit du sang

accompagnant le bruit du sang rien que le clapotis

du lac bleu qui vous vide en douceur

Annecy le monde et la vie à venir

disparus tout là-bas de la mémoire enfin légère.

Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006