Comme des fruits

by florencebenedettigall

Je ne sais pourquoi je retombe par hasard (?) sur le XXXIX ch du texte de Rilke, Notes sur la mélodie des choses , – je crois d’ailleurs l’avoir déjà repris ici pour le plaisir- le revoici , avec ses fruits, son arbre, et ses solitudes.

Et nous sommes comme des fruits. Nous pendons haut à des branches extrêmement tortueuses et nous endurons bien des vents. Ce qui est à nous, c’est notre maturité, notre douceur et notre beauté. Mais la force pour ça coule dans un seul tronc depuis une racine qui s’est propagée jusqu’à couvrir des mondes en nous tous. Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté.

J’aime me sentir fruit accroché à une branche haute et toute biscornue,  exposé directement au vent.

Und wie Früchte sind wir. Hoch hangen wir …. oui je me vois bien pomme, ou vieux coing d’un arbre d’âge certain, comme l’étaient mes arbres de l’ancienne demeure. Par contre le caractère solennel des deux  dernières phrases me dérange,  la rencontre des solitaires que sont les créateurs est plus simple, légère, et le sérieux affiché  dans cette » communauté »  (Gemeinsamkeit) me dérange un peu. Mais  je réalise que Rainer Maria n’a que vingt trois ans quand il écrit ce texte, brillant étudiant de philosophie, au retour d’un voyage culturel de privilégié, (L’Italie, Florence, les Musées ), et il n’est qu’au début de son riche parcours poétique. Et sa vocation artistique est sérieusement affirmée en lui.