Mots de glycine

Mois : octobre, 2016

Je glisse et confie

by florencebenedettigall

Je glisse un petit message évident et fort, et le confie à cet arbre de mots que nous constituons ensemble, refuge de vie, lieu de respiration. Il m’est transmis par l’amie H, qui elle l’a reçu d’Anne-Laure H-Blanc :

 » La nature entendue comme un interstice. Dans son image la plus claire, comme l’arbre dont les branches encadrent un espace. C’est là que se réfugient toute la crainte et les tremblements dans cet espace préservé, de façon toujours fragile et instable comme un interstice. »

Anne-Laure l’ a reçu de Per Kirkeky, et l’a magnifié dans son exposition  Interstice ….

Les parcours, les relais, les cheminements se retrouvent, résonnent, et nous tiennent vivants. Dans le bonheur des transmissions , des croisements de chemins, et des échos évidents.

 

Et me reviennent  présents, frémissants, vibrants, les arbres que peint inlassablement Alexandre Hollan, dans sa campagne languedocienne.

Interstice au pays Toraya

by florencebenedettigall

Près d’un village du pays Toraya situé dans une clairière, on m’a fait voir un arbre particulier. Remarquable et majestueux, il se dresse dans la forêt à quelques centaines de mètres en contrebas des maisons. C’est une sépulture réservée aux très jeunes enfants venant à mourir au cours des premiers mois. Une cavité est sculptée à  même le tronc de l’arbre. On y dépose le petit mort emmailloté d’un linceul. On ferme la tombe ligneuse par un entrelacs de branchages et de tissus. Au fil des ans, lentement, la chair de l’arbre se referme, gardant le corps de l’enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait monter vers les cieux, au rythme patient de la croissance de l’arbre.

Je lis ces lignes magnifiques dans le livre de Philippe Claudel, au tout début,  L’Arbre du pays Toraya.

entre

by florencebenedettigall

Bien sûr le mot INTERSTICE  traine d’innombrables autres mots.

Mais lui se tient fortement: se tenir entre ….inter stare.

Bon, dans un dictionnaire, cet espace, cette fente, ce lieu  intermédiaire se trouve entre INTERSTELLAIRE et  INTERTROPICAL ….et me voilà cherchant un lieu où me poser dans les étoiles, ou vers les tropiques, et je voyage.Dans un autre entre INTERSECTION et INTERURBAIN. Géométrie et circulation ne me plaisent pas vraiment. En fait pour moi, mot de relation, mot d’équilibre, mot discret qui me convient, davantage que péninsule, ou promontoire ou sommet. Par contre proche de COL, bien attirant.

Me voilà prête à me glisser dans un interstice, à retenir ma respiration, à écouter, me nourrir et me réaliser. En toute discrétion, bien sûr. Refuge peut-être aussi, pour moi, pour d’autres.

Inter, entre, entrons.

Interstice

by florencebenedettigall

Dans mes balbutiements d’écriture sous l’écorce, entre le corps de l’arbre et l’air extérieur, me vient le mot magique qui va m’amener à écrire, le mot INTERSTICE.

Je me glisse dans l’interstice, et ma petite vie s’installe là pour un temps.

Il faut vraiment être zinzin pour envisager tel séjour, tel enfermement, telle osmose peut-être, mais je m’y glisse  avec désir et confiance.

J’en connais une qui brode de soie le parcours labyrinthique des vers dévoreurs du bois, j’en connais un qui s’installe des jours entiers dans la présence d’un arbre et qui après dessine,  l’aventure se partage. Je m’y glisse en douceur.