Mots de glycine

Mois : janvier, 2017

les traces

by florencebenedettigall

Elle disparaîtrait dans ce mouvement, suivant les traces inconnues sur ce haut plateau enneigé . Une brume immobile ne lui permettrait plus les trouées en étages des variations du paysage,  les repères, les perspectives. Seules les traces régulières d’une vie insaisissable lui donneraient le mouvement, telles des mots répétés écrits retrouvés dans  le silence . Avançant selon cette lente cadence, elle pourrait à tout instant se dissoudre dans l’épaisseur de l’air,  s’épuiser en enfoncement neigeux, et se fondre dans les traces étranges. Nulle voix ne saurait l’atteindre. Vers les lointains.

Pour le moment elle avançait.

le livre rêvé

by florencebenedettigall

« Une heure de fin d’après-midi. Il est seul, là-haut, au sommet d’un pré, étendu dans l’herbe grasse où paissent des moutons, les deux mains ramenées sous la nuque. Il regarde glisser les beaux nuages. Sans le vouloir, il écrit enfin le livre tant rêvé, sans même tracer le moindre signe. Tout grand livre est invisible. Il se croit un géant. Il ferme les yeux un court moment et ce qu’il voit soudain, dans les feuillages, le bouleverse, lui arrache un cri: une lumière inégalée, à la beauté ineffable, est en train d’écrire à sa place, dans les feuillages roux, le plus beau livre qui soit. Il n’en croit pas ses yeux. Il voudrait toucher cet or insaisissable. Un instant, l’éternité a brûlé entre ses doigts. Une joie inconnue lui a déchiré la poitrine. »

 

Le grand voyageur qu’est Joël Vernet , trouvant dans un pré de son monde d’enfance, Margeride ou autre campagne la plénitude du livre rêvé.

Ce texte est le dernier paragraphe du petit livre dépliant « L’instant est un si bref éclat », accompagné d’encres de Jean-Gilles Badiane.