Mots de glycine

Mois : Mai, 2017

Ecrire

by florencebenedettigall

Je lis  ce matin un  riche entretien: Martine Renouerez questionne Elke de Rijcke sur l’écriture.J’en relève un extrait, le reste se trouve sur le Poezibao, de Florence Trocmé, du 24 mai .

« Je pense qu’écrire est une question de donner forme à la subjectivité. Par sa précision, et par l’appel qu’elle lance à l’imaginaire et à la parole, l’écriture est constitutive d’un certain soi. Elle me permet, dans la dynamique et la turbulence de la vie, dans la traversée qu’est la vie, de me saisir, ou de saisir cette vie en moi, car forcément, écrire est toujours une interaction entre un sujet en train de se constituer et un monde qui lui aussi est toujours en train de se constituer. Ecrire est donner forme à une subjectivité qui ne cesse de se constituer, d’être en métamorphose. Un sujet qui vit a besoin d’une certaine solidité, parfois difficile à réaliser, mais néanmoins nécessaire. L’activité artistique peut procurer une forme de solidité parce qu’elle est constitutive d’un univers où le sujet peut avoir une certaine saisie sur la/sa vie. (…)  »

Oui, la traversée le mouvement les forces les transformations les disparitions les mouvances le flux, et en même action   l’objet, solide, paquet de mots organisés, forme sortant de l’argile, image multiple fixée.

Oui, donner forme à la subjectivité. Oui, donner forme. Oui, donner. Oui.

encore la mer

by florencebenedettigall

Sur la large terrasse, au dessus des vagues d’herbes violemment coupées en un rien de temps par une machine fulgurante et assourdissante, je savoure le silence revenu:  l’odeur pénétrante,  les courbes d’or et de gris légers , et les perspectives mouvantes du grand pré transformé me tiennent en suspens,  au bord, au dessus …et me renvoient à ces temps de grâce, rocher  personnel au dessus d’une mer aux mille changements, arbre surplombant les brumes paralysantes,  voix de vie couvrant des bruits chaotiques , geste dépouillé se dégageant des ombres.

Je retrouve alors, par le hasard des cheminements de lecture, les phrases claires de  Joël Vernet :

« La poésie est le lien indicible avec le vivant. Elle n’est pas la vie mais elle en est le chant. C’est cela que je ressens de la terrasse où j’écris face à la mer, à la baie silencieuse de l’aube qu’aucun navire ne déchire, pas même une barque. L’horizon n’est pas un autre seuil possible que nous aimerions franchir. Le seuil commence ici sous le feu des regards. La lumière d’un brin d’herbe nous convie à la contemplation. Les hommes ont-ils fermé les yeux, ont-ils laissé s’effacer la Présence? Attendent-ils la colère, la rage de l’Histoire ? lL’oiseau, sur le ponton, nourrit mes rêveries . (…)

La balançoire suspendue à la branche de l’olivier suffit à m’enchanter le coeur, ainsi que l’échelle de bois qui nous permet d’accéder à la terrasse blanche d’où l’on voit la mer, c’est à dire la paix. »

Le texte se poursuit dans la lumière  des lieux et de l’écriture. Il faut lire en entier ce texte du large: « Nous ne voulons pas attendre la mort dans nos maisons. »

Le chant les mots

by florencebenedettigall

« Et nos mots sont pareils à un bateau

dans les glauques profondeurs de la mer

 

Sur les algues emmêlées de nos voix

glisse la paume paisibles des eaux _

 

Une barque a quitté le corps de la nuit

peu de mots, peu de gestes, peu de sommeil _

le vent vif du petit matin

la vie toujours inachevée _

 

Si tu peux toucher ce rien de clarté

lisible parfois au creux de la main _

 

Qu’y-a-t-il d’autre dans nos langues qui s’usent,

se désagrègent si vite pour que nous apercevions

sous la dalle friable son acte infondé ?

Greffes, prolongements, échos défaits, 

la nudité même érodée, 

sentirons-nous sous nos muscles le clair

mutisme de l’os et le vif du fleuve ? « 

 

Je relis, je me relie, bribes de Monastère, de Lorand Gaspar .

le fil vertical

by florencebenedettigall

Balcon au dessus du pré, maisons effacées dans la brume, et la lumière s’installant dans les dentelles des herbes …être là, verticale, au dessus,  et minuscule, en attente,

et la mer revient, installée au coeur même de l’instant ,

et je retrouve un Autre, immobile aussi, en pleine réception de vie.

 

« Il se tient debout

face à la mer

les yeux fermés

on dirait depuis toujours

comme s’il attendait

que telle une sève

la lumière monte

d’on ne sait quel fonds_

comme s’il avait compris

que ni les mots

ni les rayons

ne suffisaient

pour voir vraiment_

 

tôt le matin une mer sans un pli

peau tendue d’un immense fruit mûr

qu’ouvrent de la base au sommet les bras

que lentement écarte le nageur_

 

Loin du rivage un pêcheur immobile

debout sur les eaux, sa main droite tient

pareille à celle de l’aurige à Delphes

un fil rompu le liant par-delà

le temps et la brume à l’insaisissable _

Extrait de La Maison prés de la mer, de Lorand Gaspar.