encore la mer
by florencebenedettigall
Sur la large terrasse, au dessus des vagues d’herbes violemment coupées en un rien de temps par une machine fulgurante et assourdissante, je savoure le silence revenu: l’odeur pénétrante, les courbes d’or et de gris légers , et les perspectives mouvantes du grand pré transformé me tiennent en suspens, au bord, au dessus …et me renvoient à ces temps de grâce, rocher personnel au dessus d’une mer aux mille changements, arbre surplombant les brumes paralysantes, voix de vie couvrant des bruits chaotiques , geste dépouillé se dégageant des ombres.
Je retrouve alors, par le hasard des cheminements de lecture, les phrases claires de Joël Vernet :
« La poésie est le lien indicible avec le vivant. Elle n’est pas la vie mais elle en est le chant. C’est cela que je ressens de la terrasse où j’écris face à la mer, à la baie silencieuse de l’aube qu’aucun navire ne déchire, pas même une barque. L’horizon n’est pas un autre seuil possible que nous aimerions franchir. Le seuil commence ici sous le feu des regards. La lumière d’un brin d’herbe nous convie à la contemplation. Les hommes ont-ils fermé les yeux, ont-ils laissé s’effacer la Présence? Attendent-ils la colère, la rage de l’Histoire ? lL’oiseau, sur le ponton, nourrit mes rêveries . (…)
La balançoire suspendue à la branche de l’olivier suffit à m’enchanter le coeur, ainsi que l’échelle de bois qui nous permet d’accéder à la terrasse blanche d’où l’on voit la mer, c’est à dire la paix. »
Le texte se poursuit dans la lumière des lieux et de l’écriture. Il faut lire en entier ce texte du large: « Nous ne voulons pas attendre la mort dans nos maisons. »