Mots de glycine

Mois : juillet, 2017

sa dernière lecture

by florencebenedettigall

Je veux aller au bout de ce texte végétal.

 

Et s’il y avait un « intérieur » des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait ?

 

Elles vous échappent; ainsi, elles vous font échapper : ces milliers de clefs des champs.

 

Pourrait-on en venir à dire que, si l’on voit, dès lors que l’on voit, on voit plus loin, plus loin que le visible ( malgré tout) ?

Ainsi, par les brèches frêles des fleurs.

 

 

Comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol.

Sa dernière lecture.

 

Merci, Philippe Jaccottet, ( Et néanmoins, pages 82 83 )

Sources

by florencebenedettigall

Sources toujours à ras de terre, si proches, et les plus lointaines..

 

Choses données au passant qui pensait à tout autre chose ou ne pensait à rien, on dirait que ces fleurs, si insignifiantes soient-elles, le « déplacent » en quelque sorte, invisiblement; le font, imperceptiblement, changer d’espace. Non pas, toutefois, entrer dans l’irréel, non pas rêver; mais plutôt, si l’on veut, passer un seuil là où on ne voit ni porte, ni passage.

 

Et s’il y avait un « intérieur »des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait?

Merveilleuses pages 80 81 et début de 82 du texte de Philippe Jacottet. Et néanmoins.

Le liseron avance, se glisse, s’aventure en circonvolutions simples; la phrase de même, de l’extérieur sinueux à la formulation de l’interrogation intérieure. Poésie qui se suit en silence, suite tranquille comme une mélodie équilibrée. Sentier vers un silence.

Les liserons

by florencebenedettigall

Et je reprends les arabesques végétales, les liserons de Philippe Jaccottet, ( qu’avec humilité il fait vivre derrière une litanie de G.Roud ) :

 

Ce qui s’ouvre à la lumière du ciel: ces fleurs à ras de terre, comme de l’obscurité qui se dissiperait, ainsi que le jour se lève.

Les liserons de champs : autant de discrètes nouvelles de l’aube éparses à nos pieds.

Autant de bouches d’enfant disant » aube  » à ras de terre.

 

Ou de modestes coupes à nos pieds, pour y boire quoi ?

 

sur l’autre page, assombrissement qui me touche profondément:

 

Liserons roses ( ce sont sans doute ces « lys des champs qui ne travaillent ni ne filent « ), salués avant de ne le pouvoir, avant de dériver vers des eaux de plus en plus froides.

 

Avant que l’ombre de la mort ne passe sur eux comme un nuage froid.

Un peu trop tôt ce frisson, alors qu’il venait d’évoquer » les bouches d’enfant « , trop sombre, je tourne la page, je chasse le nuage.

 

Choses sans nécessité, sans prix, sans pouvoir.

 

Fleurs que pourtant je n’avais jamais vues plus proches, plus réelles, peut-être à cause du nuage imminent de la fin, comme on voit la lumière s’intensifier quelquefois avant la nuit.

Fleurs proches, à en oublier la fin du parcours, quand le marcheur comprend enfin que, même si le chemin le conduit toujours chez lui, il le conduit aussi, inéluctablement, aussi loin que possible de toute maison.

Philippe Jaccottet,  Et néanmoins, p 75 et 76.

Lise, lisons, liserons, lisière

by florencebenedettigall

Il est des mots qui d’eux mêmes se mettent à chanter, plutôt fredonner, comme à la recherche d’une histoire ancienne et nouvelle à la fois.

A la lisière du marmonnement et de l’imprégnation, ceux ci écrits plus haut s’entortillent dans mon esprit, circulent en rampant dans des images vues ou remémorées, et cela m’amuse.

Et je lis, je relis, je relie en moi des bribes de textes , des textes de lisière où la chaîne et la trame des mots tissés se font entendre en une lecture intérieure; ainsi, je relis le texte de Philippe Jaccottet  » Et néanmoins « , dans lequel vivent et circulent entre autres, diverses plantes chères  au poète, compagnes de vie présentes sur ses chemins, humbles dans le sens premier, proches du sol, pour le promeneur, plus souvent curieux de la terre, des talus, des lisières des bosquets et des prés que de lointains horizons panoramiques.

Relisons les liserons.

AUX LISERONS DES CHAMPS

(Encore?

 

Encore des fleurs, encore des pas et des phrases autour des fleurs, et qui plus est, toujours à peu prés les mêmes pas, les mêmes phrases ,

 

Mais je n’y puis rien: parce que celles-ci étaient parmi les plus communes, les plus basses, passant à ras de terre, leur secret me semblait plus indéchiffrable que les autres, plus précieux, plus nécessaire.

 

Je recommence, parce que ça a recommencé: l’émerveillement, l’étonnement, la perplexité; la gratitude, aussi.)

 

Il commence dans cette parenthèse, comme pour s’excuser … oui, s’excuser de ne point prendre un nouveau sujet, un grand sujet, un sujet en pleine lumière. Je fonds de bonheur,  j’ai envie de traverser le champ qui vient d’être coupé, car au fond, contre un pylone, clartés  intenses, des liserons se sont installés . Je vais les saluer. Et avec eux, Philippe Jaccottet.