Les liserons
par florencebenedettigall
Et je reprends les arabesques végétales, les liserons de Philippe Jaccottet, ( qu’avec humilité il fait vivre derrière une litanie de G.Roud ) :
Ce qui s’ouvre à la lumière du ciel: ces fleurs à ras de terre, comme de l’obscurité qui se dissiperait, ainsi que le jour se lève.
Les liserons de champs : autant de discrètes nouvelles de l’aube éparses à nos pieds.
Autant de bouches d’enfant disant » aube » à ras de terre.
Ou de modestes coupes à nos pieds, pour y boire quoi ?
sur l’autre page, assombrissement qui me touche profondément:
Liserons roses ( ce sont sans doute ces « lys des champs qui ne travaillent ni ne filent « ), salués avant de ne le pouvoir, avant de dériver vers des eaux de plus en plus froides.
Avant que l’ombre de la mort ne passe sur eux comme un nuage froid.
Un peu trop tôt ce frisson, alors qu’il venait d’évoquer » les bouches d’enfant « , trop sombre, je tourne la page, je chasse le nuage.
Choses sans nécessité, sans prix, sans pouvoir.
Fleurs que pourtant je n’avais jamais vues plus proches, plus réelles, peut-être à cause du nuage imminent de la fin, comme on voit la lumière s’intensifier quelquefois avant la nuit.
Fleurs proches, à en oublier la fin du parcours, quand le marcheur comprend enfin que, même si le chemin le conduit toujours chez lui, il le conduit aussi, inéluctablement, aussi loin que possible de toute maison.
Philippe Jaccottet, Et néanmoins, p 75 et 76.