Mots de glycine

Mois : novembre, 2017

Le serpent

by florencebenedettigall

Il s’est glissé sans qu’on le veuille, dans les herbes , les broussailles, les fougères et les mousses. Il arrive toujours à se glisser ainsi dans nos promenades, déambulations, arpentages;  en fait toute flânerie dans tout paysage comporte l’éventuelle rencontre, furtive, fascinante, effrayante, du serpent.

Et le déroulement de nos vies ne peut que le confirmer, si nous acceptons que nous ne sommes pas dans un rêve paysager de bonté absolue.  Nous avançons , nous déambulons, nous flanons dans des paradis herbeux er fleuris, le long de rivières, autour de lacs, sachant bien que, des fougères, des broussailles et des mousses, peut surgir la forme effrayante, ondulante, serpentine.

Mais le serpent n’est étymologiquement qu’un  » rampant »,  et tout rampant dans l’herbe n’est pas dangereux … et pourquoi Tom Mandel dans son petit texte de Realism, emploie-t-il le mot « serpent » et non « snake » que j’avais appris à l’école ? peut-être est-ce le mot américain ?

Mais il reste, je le sais, dans toute espace de déambulation vitale, dans toute période d’avancée, de mouvement du temps, l’éventuel frôlement d’une réalité  froide, insinuante, ondulante , qui file entre nos jambes, entre nos vies, menaçante, confuse,   sans visage, sans vacarme … juste un léger bruit dans les herbes, juste un subtil sifflement,  juste une terreur instinctive devant une réalité qui nous échappe, juste une sinuosité à dessiner sur nos ardoises et nos miroirs. La lettre S , visuelle, sonore, présente. Mais encore faut-il pouvoir la saisir.

Serpente en moi une menace, oui, imparable menace, que je ne peux piéger, serpente la réalité d’une fin probable. Evidence commune.

Realisme, titre de Tom Mandel.

Me promenant

by florencebenedettigall

 » As I walk along I wonder. Every few steps I pick up a small stone, twig, or serpent. Each is different and to each I say the same thing. Speaking to each I aim at the same spot, at the hand that holds it. In a « ritual as genuine as a kiss », …each sentence I write is trying to say the whole  thing …the same thing over and over again. « 

Extrait de : Tom Mandel, « Realism », 1991.

La simplicité même, j’adhère sans réserve , je fais miens ces mots simples, et pars en promenade.

Me promenant je m’émerveille. Quelques pas je ramasse une petite pierre,une brindille, ou un serpent. Chacun est différent et à chacun je dis la même chose.Parlant à chacun je vise le même point, la main qui le tient. Dans un rituel aussi vrai qu’un baiser, chaque phrase que j’écris essaie de dire  la chose entière …la même chose encore et encore.

glanage

by florencebenedettigall

Corbeaux en glane dans les maïs

lessivés

 

Chaises en conversation vide

dans les vergers

 

La saison se rentre

feuilles écrasées

 

Blessures et rouilles

à terre

 

Infusion confusion

 

Tout file vers l’hiver

dans l’estime des bruyères

 

On reprendra corps avec le héron

cendré solitaire

qui patauge avant l’envol

 

On se dit qu’il y aura bien 

quelque rose

et qui dure

pour la Noël

 

 

Les mots de Jacques Moulin, « A vol d’oiseaux » me réjouissent,  regard ,  phrases fixées, comme des aquarelles sur le vif, sans hésitation.  Ce livre m’enchante.

trace

by florencebenedettigall

« On laisse des traces

ou bien une trace

une seule,

comme un outil abandonné à terre

et que le premier voyageur venu peut ramasser

pour adresser ou poursuivre son propre ouvrage

ou son propre chemin.

Et c’est comme si des paroles

flottaient encore dans l’air

Longtemps après leur passage.  »

Bien heureuses traces de Jean-Pierre Spilmont,  j’en rêve des ces traces humbles mais perceptibles par les suivants.  que dire des traces qui se disloquent dans l’eau, dans le vent, dans l’oubli ? que dire de l’outil si mal utilisé qu’il semble avoir été inutile?

 

Mais,  curieusement, par  hasard ,  me revient le chant  Materemo , que le groupe Bratsch  affirme  avec bonheur :

« Accrochés aux nuages

nous continuons le voyage

nous sommes oiseaux de passage

demain nous serons loin. « 

Et leur voix fermes et heureuses m’entrainent dans leur voyage. Force du vol. commune vibration.