Mots de glycine

Mois : août, 2018

Shoe Cloud

by florencebenedettigall

Voici dans sa langue le texte de Ron Padgett et Yu Jian:

I the good elephant saw you

resting in the air over the jungle

The spring squats down on the lawn

Ties her shoes

The same shoes the clouds

were wearing last year

Your dream walks into my sleep

as soon as I wake up and

The person who wakes up

No longer is you

The place of waking up is not your place

though the cloud is still your cloud

and your head is still in it

because of you other head

Spring is your other head

Cloud is your other head

China is your other head

You have plenty more heads

Asleep in the dark and deep place

Waiting for the early brain beginning

I the good elephant saw you

Passe un autre nuage, et d’autres encore …

by florencebenedettigall

M’arrivent les nuages de Marlise Benoit, la chère amie des nuages et des mots.

 

Nuages

Je l’ai trouvé, tout seul dans l’étang 

Musardant au milieu des canards.

 

Au ciel, ils flanent

Indécis.

Ils ont suspendu leurs lessives,

Louvoyant entre deux horizons.

Mousses, écumes

Ou dômes monstrueux,

Requins, baleines, dragons ailés,

Ils nagent et volent

cap au nord, cap au sud

Poussés par le vent.

 

Ils ont pour noms

Stratus, cirrus, cumulus,

Ils font la pluie,

les colères de l’orage, 

Et le beau temps.

 

Ils s’infiltrent dans nos âmes, 

noires nuées

Ou blanches caravelles.

Ils abritent nos rêves,

Nos châteaux en Espagne.

Ils fécondent la terre

Et nous offrent le ciel.

De passage

by florencebenedettigall

Nue

je nage

sans âge

dans la première

eau

de ma vie.

 

 

Ce petit texte écrit, je tombe par hasard sur un texte tissé à deux, que transmet  Poezibao.  Deux poètes, l’un américain, Ron Padgett, l’ autre chinois, Yu Jian, ont correspondu,  écrits croisés avec le traducteur de l’ordinateur ….

 Moi le brave éléphant je te vois

flottant dans l’air au dessus de la jungle

La printemps s’est accroupie sur la pelouse

Et elle noue ses lacets

Aux mêmes chaussures que les nuages

portaient l’année dernière

Ton rêve s’avance dans mon sommeil

dès que je m’éveille et

La personne qui se réveille

N’est plus toi

Le lieu de l’éveil n’est pas ta place

bienque le nuage soit encore ton nuage

et ta tête y demeure encore

à cause de ton autre tête

Printemps est ton autre tête

Nuage est ton autre tête

Chine est ton autre tête

Tu as beaucoup plus de têtes

Dormant en ce lieu sombre et profond

Attendant un début de cerveau matinal

Moi le brave éléphant je te vois 

 

Je retrouve que Ron Padgett est dans la création du très beau film Paterson …  et du coup je m’autorise à divaguer.

 

Nue

je rêve je souris

l’âge n’est plus, mon vieux corps s’allège, je flotte, légère, prête à toute forme,

je le sens je le sais, je vais m’étirer en filaments ensoleillés

me gonfler des idées sombres   accumulées

les pétrir, les transformer,     devenir fleur, puis pierre,

oiseau, éléphant

image terrifiante devenant mirage

je rêve je mue

je nuage avec bonheur

car même les mots jouent la métamorphose

la bellaparsose, la scillabrillose,

la nuit devenant jour

nue…ah je rêve

je m’étire dans la lumière, je me dissous en partie,

je sou …je sous pire, je souris

je ris je ridicule ….Aïe aïe aïe

coup de tonnerre, arrête, arrête

reviens, plus de nuage , de mirage,

pluie de mots, pluie stupide

qui s’installe dans un nouveau temps

pluie de sons pluies de signes

de mots violents vivants vibrants

pluie de vies pluie de cris

pluie de visages

de voix de mots

cherchant refuge

ici ou là ?

ici.