Chant

par florencebenedettigall

Si je le pouvais

je refuserais les mots, les phrases, paroles confuses et inharmonieuses, hésitantes et violentes, qui sortent par mes lèvres, qui brouillent le ciel, les routes et les prairies, les rues et les chambres,

je ne produirais que silences, à mon rythme, selon la couleur du jour ou de la nuit,

ou alors, le chant, le chant premier,

je ne laisserais sortir de mon coeur, de ma gorge, de ma bouche, de mes lèvres, que silences, ou mélodies, airs et chansonnettes,

dès le réveil, je filerais telle une flute dans la lumière première,

je vibrerais, monterais, descendrais, remonterais, amplifierais, diminuerais, subtiliserais,

avec mes lèvres, mon gosier, ma gorge, mon antre, je changerais à plaisir le timbre, le registre, cor ou violoncelle, cuivre ou velours, lumière puis ombres,

je deviendrais murmure, murmure réduit, simple souffle d’herbe, ou de nuage, vibration première.

 

Si je le pouvais

je saurais capter un autre chant d’ici, l’écouterais, et peut-être le doublerais, ou lui répondrais, seul à seul dans l’harmonie ; refusant le brouhaha des mots dits, des mots cris, je me glisserais avec bonheur, vers le silence partagé, savourant les accords que nos voix auraient produits, les avancées de la vie, dans la jubilation harmonique.

 

Si je le pouvais

je sortirais de cet ici bruyant et chaotique, prendrais le chemin de la montagne, rejoindrais par d’autres voies les murmures et les chantonnements, et ainsi vers le sommet, peu à peu nous emplirions ciel et paysages, routes et cités, de chants multiples, et de silences unis,

et nous irions, en accord libres, dire la vie et la beauté possibles.

 

Ce serait l’enchantement