Mots de glycine

Mois : octobre, 2019

Le merle

by florencebenedettigall

Je retrouve  » Ma maison près de la mer « de Lorand Gaspar, et j’en extrais ces vers heureux :

«  le bruit de l’eau qui roule dans les pierres

sons brodés par nuit calme sur la mer

ces langues que j’ignore et qui me parlent

j’ai sur ma table à portée de main

des cailloux longuement travaillés par la mer

les toucher, c’est comme si les doigts

pouvaient éclairer la pensée _

dans le grand silence gris où mûrit l’aube

le « tsiou » très haut longuement étiré

(juché sur un barreau de la fenêtre )

d’un merle de l’année qui cherche infatigable

la voix vraiment sienne dans le concert _

MUE

by florencebenedettigall

Je rêve d’une alchimie en moi

les cris les chaos les chants d’angoisse écrasés les jets de peur les « au secours » tous les mots destructeurs les silences coupant le vide

tous ces fatras immondes

sanglants

jetés tous jetés

dans un des gouffres de la terre

enfermés sous un couvercle de roches et de sables

abandonnés

les miens ceux des autres

en vrac bloqués

dans un temps de métamorphoses

je rêve d’une alchimie en moi

dans le repos du temps

les écouter au coeur de la terre

lointains mouvements

lointains

échos

peu à peu mutés

peu à peu murmurant

peu à peu respirant

un ruisseau file dans les herbes hautes

murmure

un léger souffle joue dans le peuplier

murmure

une délicate pluie glisse sur la terrasse

murmure

la nuit frissonne en douceur

murmure

et résonnent en moi

des reflets de vie

mue

mue des lettres et des sons

alchimie

mots de survie

les mots

by florencebenedettigall

les mots écrits comme ultime survie

restes sur la plage de mouvements naturels incontrôlables

coquilles vidées par le temps.

s

en s’en allant

by florencebenedettigall

En s’en allant, il nous laisse des merveilles…j’ai envie d’ en glaner ici quelques unes .

Tirés de « Nuits » ( Patmos et autres poèmes ), cette vague de mots et d’image:

Comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent _

Il s’en est allé

by florencebenedettigall

J’apprends la mort de Lorand Gaspar, ce merveilleux poète qui si souvent m’a ramenée à l’écriture.

Je relis ses mots:

« Un chant s’étire indéfiniment dans le soir, chemine dans le dos, sa clarté fait froid.

Il va droit dans le noir du sang.

Non, surtout ne pas allumer, laisser les mains trouver le grain, les touches blanches et noires, les sons qui les allument.

Dans toute cette rigueur, tes doigts éperdus de tâtonnements.

Maintenant que tu as touché le fer, te reste-t-il une larme ? »

tiré de Egée Judée poésie/Gallimard

Approche du silence

by florencebenedettigall

Les mots s’effritent

les mots s’enfouissent dans les sables instables

les mots attendent peut-être la marée pour

réapparaître vibrants luisants

dans la lumière du présent

puis ils repartent tous

usés par tous

imprégnés de vide

décolorés de maladies

de vertiges

de morts diverses

quelques uns restent vidés

sur le rivage

puant de peur

rendus

au néant peu à peu

muets

avec le vent

ils se réduisent

s’effritent

dans un fracas d’écume

disparaissent sans chanson

en riens perdus

en silences insensés

les autres ont été repris

remis en des vies

de terres et de mers

et suivent la marée

de par ici.

Qui pourra les capter

Qui les chantera

avant l’effacement ?