Mots de glycine

Mois : novembre, 2019

Une ombre oubliée

by florencebenedettigall

Je retrouve des mots d’ombre, et ne veux pas les effacer.

Ombre

J’aime y plonger

tout délicatement

des mots y dorment

des chants

des fragments de rêves mêlés

en légèreté confuse

j’aime y vivre

à l’abri oubliée

dans mon silence

sachant qu’ailleurs

vibrent toutes lumières

que j’évite

par peur d’être brûlée

J’aime en sortir

toucher la ligne de démarcation

ou la zone de transition

la bande- vie

où les réalités se dédoublent

et le mot même m’enchante

ombre

il résonne vibre

dans des basses attirantes

et rejoins la famille sombre

des lointains obscurs.

Verger II

by florencebenedettigall

Si j’étais peintre,

j’essaierais de fixer les formes pleines des arbres

riches de fleurs, de fruits, fines taches circulaires,

les couleurs vivantes, tous les verts, et les blancs, et les jaunes,

se fondant en traînées d’herbes et de pinceaux,

et l’été des rougeoiemnts, pêches et prunes, coings et pommes vibrantes,

jusqu’au demi effacement quand arrivent les neiges.

Si j’étais musicienne,

je tenterais de reprendre le bourdonnement des insectes,

les pépiements et bavardages des oiseaux,

les souffles du vent dans les feuillages, simple respiration ou violence première,

les silences d’été suffocant,

la respiration des racines premières.

Si j’étais créatrice de parfums,

la fraîcheur acide du printemps,

la douceur fermentée des fruits d’été,

et l’automne nostalgique,

yeux fermés, tout serait à restituer,

non, à libérer, dans un retour au monde intact.

Verger

mot trésor, mot magique,

capable de faire surgir

tant de beautés premières,

_ et quel fut le premier du monde ?

je laisse le soleil d’automne jouer un temps sur les joyaux du mot.

Et je cherche dans mon dictionnaire de base la définition.

Verger:  » terrain planté d’arbres fruitiers « 

définition bien basique:

quatre mots simples chargés de vie,

terre plante arbre fruit.

Verger.

Verger I

by florencebenedettigall

Certains mots sont des coffres à trésors.

Je les cache dans ma cave, les extirpe à l’occasion, en vois jaillir ors et diamants, les regarde absorbée, puis les referme précautionneusement.

Verger

Verger

Je n’ose l’ouvrir, si forte l’odeur de terre, de feuilles et de fruits.

Je le porte dehors, contre le vieux pommier.

Ca y est, couvercle mi-ouvert,

j’y plonge les yeux et l’âme.

Une flèche m’indique la direction,

la couleur m’envahit avec délices,

la matière dans le soleil me fascine,

et je lève la coupe pleine d’un vin enivrant.

Le conte me caresse les orteils de sa pantoufle voluptueuse, la baguette se tend, sexe ou plante,

je jouis dans les verges d’or de mon jardin, humbles et précieuses.

Et l’air circule léger dans le coffre ouvert …air…air…air

je respire.

Soudain un jet de mots, un jet d’images, de cris, de mouvements, c’est l’oiseau

qui arrive prés de moi, tenant en son bec un éclat de sombre lignite.

Coffre à trésors, je jubile,

et me mets à chanter les deux syllabes simples et précieuses, l’une ouverte, l’autre fermée, comme

deux lettres fondatrices R G R G R G

Je replace tranquillement tous les trésors

dans le mot,

je referme avec soin,

et je souffle, comblée.

Le vieux pommier me tient

serrée au monde.