Verger I

par florencebenedettigall

Certains mots sont des coffres à trésors.

Je les cache dans ma cave, les extirpe à l’occasion, en vois jaillir ors et diamants, les regarde absorbée, puis les referme précautionneusement.

Verger

Verger

Je n’ose l’ouvrir, si forte l’odeur de terre, de feuilles et de fruits.

Je le porte dehors, contre le vieux pommier.

Ca y est, couvercle mi-ouvert,

j’y plonge les yeux et l’âme.

Une flèche m’indique la direction,

la couleur m’envahit avec délices,

la matière dans le soleil me fascine,

et je lève la coupe pleine d’un vin enivrant.

Le conte me caresse les orteils de sa pantoufle voluptueuse, la baguette se tend, sexe ou plante,

je jouis dans les verges d’or de mon jardin, humbles et précieuses.

Et l’air circule léger dans le coffre ouvert …air…air…air

je respire.

Soudain un jet de mots, un jet d’images, de cris, de mouvements, c’est l’oiseau

qui arrive prés de moi, tenant en son bec un éclat de sombre lignite.

Coffre à trésors, je jubile,

et me mets à chanter les deux syllabes simples et précieuses, l’une ouverte, l’autre fermée, comme

deux lettres fondatrices R G R G R G

Je replace tranquillement tous les trésors

dans le mot,

je referme avec soin,

et je souffle, comblée.

Le vieux pommier me tient

serrée au monde.