Mots de glycine

Mois : février, 2020

Histoire de livres

by florencebenedettigall

C’est merveille, ce coffre à trésor trouvé ce matin dans ma boite à lettres. Je le regarde avec appréhension, son écorce vibre de mots merveilleux, je retarde le moment de l’ouvrir, en caressant les lettres magiques incrustées dans sa peau.

Je me décide à soulever le couvercle, et c’est folie : ça chuchote, ça chante, ça crie, cent voix se mêlent, un rire ivre vibre, mille lyres partent en vrilles, en un enchevêtrement dément, tout s’agite et crie et s’arrête et reprend et chante et enchante. C’est délirant.

Chut ! Chut ! Trop, ça vibre trop, trop de signes, trop de sons, trop de lignes, trop de mots, écrasée je résiste et tente de rabattre le couvercle de la boite magique. Des mots s’agglutinent, s’échappent, les pages se tournent en folie, enfin j’arrive à refermer le trésor, et reprends mon souffle dans un silence généreux. Comblée, je vais ranger à la verticale le coffre magique, entre deux autres de ses frères. Et je m’endors épuisée.

En mon sommeil heureux, je file vers mes étagères emplies de tant et tant de livres, saisis dans la clarté un livre attirant de blancheur. Il s’ouvre lui-même dans le silence des possibles, et je tourne page après page, suivant ligne après ligne, les mots transparents du silence : j’inspire, tourne la page, j’expire reste un temps, j’inspire, son de présence, j’expire, éclat de lumière. Et cela sans limite.

Au réveil je me retrouve devant ma bibliothèque que je dois aujourd’hui dépoussiérer.

Histoire de vivre.

Avec lui encore

by florencebenedettigall

Je me régale à picorer au hasard dans les merveilles de Lorand Gaspar.

Un extrait de Nuits:

Comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent _

et un peu plus loin sur le chemin :

quoi résonne sous les arches du vol

qu’on ne peut entendre ni voir ?

le désir, peut-être, d’y être uni _

comprendre vraiment ce qu’est être ici

nuage, martinet, homme ou caillou _

c’est ainsi dans les moments les plus simples

que le dire s’enracine en son vivre _

Je détache maladroitement des bribes de ce poème magnifique Nuits, et j ai bonheur à le.

Avec Lorand Gaspar

by florencebenedettigall

Je relis des textes magnifiques de Lorand Gaspar; J’y entre comme si c’était mon pays de toujours :

«  dans le grand silence gris où mûrit l’aube

le « tsiou » très haut longuement étiré

(juché sur un barreau de la fenêtre )

d’un merle de l’année qui cherche infatigable

la voix vraiment sienne dans le concert _

tiré de La maison près de la mer.

Et plus loin dans Nuits:

La brume de l’hiver enveloppe

le monde visible on ne voit

ni griffes ni rouge rosée

sur la peau écorchée des corps

à peine un renflement des gris

duveteux rappelle la fureur

des dents et des nerfs au combat

et la très vieille douleur

où l’esprit creuse sans relache

à la rencontre d’une eau vive …

Je repars avec joie du partage dans la lecture de ce recueil:

Patmos et autres poèmes.

les mots troubles et magiques

by florencebenedettigall

Certains mots nous fascinent par leur multiple pouvoir et semblent en cela intarissables. Ce fut le cas de mon cher « AILLEURS  » qui entraîna rêves et inquiétudes, et sa magie est évidente.

Me viennent ainsi quelques autres: FALAISE DEPART INSPIRE/EXPIRE et d’autres et d’autres encore. Ce sont des mots ordinaires mais qui, comme des chemins anciens à travers collines et forêts, portent bien des voyageurs. Ils parlent de vie et de mort, ils parlent de marche et d’envie de vivre, d’appréhension du futur, d’approche de l’arrivée, ou d’un autre départ.

Ils me tiennent, me donnent envie de les sucer, comme cailloux dans la bouche ….mots cailloux du chemin. Je continue avec eux. Ils peuvent donner énergie de vie, ou désir de faire une pause, ou de reprendre le chemin.

Je les remercie de me parler.

Ailleurs

by florencebenedettigall

C’est

une terre où la respiration est autre

toute proche

et lointaine

bien au large

mais en moi

toujours possible vivante ouverte

Quand l’ici m’étouffe me réduit

en une boule de négations

à jeter au loin

ou enfouir en terre usée

alors Arbre mon Arbre

inscrit dans le ciel

une voie étrange

dangers et anges

peurs et bonheurs

chants de sirène

mots d’outre vie

Alors je le sais

il faut il faut que j’aille

confiante

vers une mer

un désert

une forêt étrange peut-être

y vibre une musique bien différente

qui s’inscrira en mon corps usé

le fera danser peut-être

avec d’autres voyageurs

Un vent chargé d’inconnu

m’y convie

Oui c’est bien tôt l’heure

il faut que j’y aille

à tout bientôt

j’ai laissé un message

sur mon téléphone

pour vous que j’aime

ailleurs.