Histoire de livres

par florencebenedettigall

C’est merveille, ce coffre à trésor trouvé ce matin dans ma boite à lettres. Je le regarde avec appréhension, son écorce vibre de mots merveilleux, je retarde le moment de l’ouvrir, en caressant les lettres magiques incrustées dans sa peau.

Je me décide à soulever le couvercle, et c’est folie : ça chuchote, ça chante, ça crie, cent voix se mêlent, un rire ivre vibre, mille lyres partent en vrilles, en un enchevêtrement dément, tout s’agite et crie et s’arrête et reprend et chante et enchante. C’est délirant.

Chut ! Chut ! Trop, ça vibre trop, trop de signes, trop de sons, trop de lignes, trop de mots, écrasée je résiste et tente de rabattre le couvercle de la boite magique. Des mots s’agglutinent, s’échappent, les pages se tournent en folie, enfin j’arrive à refermer le trésor, et reprends mon souffle dans un silence généreux. Comblée, je vais ranger à la verticale le coffre magique, entre deux autres de ses frères. Et je m’endors épuisée.

En mon sommeil heureux, je file vers mes étagères emplies de tant et tant de livres, saisis dans la clarté un livre attirant de blancheur. Il s’ouvre lui-même dans le silence des possibles, et je tourne page après page, suivant ligne après ligne, les mots transparents du silence : j’inspire, tourne la page, j’expire reste un temps, j’inspire, son de présence, j’expire, éclat de lumière. Et cela sans limite.

Au réveil je me retrouve devant ma bibliothèque que je dois aujourd’hui dépoussiérer.

Histoire de vivre.