12 avril . Ma voisine
by florencebenedettigall
Ma voisine : le Daucus.
Tout proche de moi, et plus loin sur le sentier qui mène au bois, prospèrent les daucus, ou carottes sauvages. Lumineux voisinage.
« Ce sont des ombelles éparses dans l’ombre; des espèces de constellations plus familières, moins éclatantes, moins froides et surtout moins figées que celles qui pourront sembler leur répondre au dessus des arbres une fois que le beau voile du jour aura été tiré.
Me voici parvenu au seuil d’une espèce de ciel d’herbe où flotteraient à portée de la main, fragiles, plutôt que des astres aigus, de petites galaxies flottantes, légères, blanches vraiment comme du lait, ou de la lainée brebis telle qu’il en reste accrochée aux ajoncs dans les îles bretonnes.
C’est aussi un peu comme quand on surprend les premiers pépiements, avant l’aube, c’est à dire dans un autre sorte d’ombre, d’oiseaux qu’on ne voit pas. A la fois distincts et reliés. Mais ce murmure, ici, des ombelles, annonce-t-il aussi quelque chose comme un nouveau jour, une autre éclosion ? Il ne semble pas. C’est un langage encore plus étranger. Vagues lueurs dans l’ombre, flottant au dessus de la tombe commune. «
Ce texte de Philippe Jaccottet ( Et, néanmoins ) correspond si bien à ce que , moi, la Glycine, j’ai ressenti dans la demi lumière du matin avec les bruits vivants des oiseaux du jardinLa fragilité des grappes naissantes semblait presque lourde par rapport à la légèreté du Daucus voisin.
(On imagine une toile d’araignée aux dimensions du monde infini, qui brillerait dans l’ombre et dont le centre serait, cette fois, un tendre soleil inconnu. )