Mots de glycine

Mois : avril, 2020

20 avril tout brille !

by florencebenedettigall

Ce matin, après une légère pluie nocturne, tout brille, tout brille autour de moi, et dans le grand pré : boules de graines des pissenlits, panaches roses des oseilles, et herbes folles de différents verts.

Les petits hommes, qui se disaient les maîtres de la planète, sont obligés, les uns après les autres, d’avouer leur échec: peurs, recherches, engagements, ils sont émouvants, certes, et essayent de survivre avec leurs moyens propres.

Pour nous, les végétaux, qui certes avons connu et connaîtrons de grands désastres, pour nous rien de spécial, et même je trouve que nous vivons ces temps plus brillamment que d’habitude. Est-ce parce que les bruits de l’autoroute et des trains ont disparu ? mais les chants des oiseaux et les bourdonnements des insectes en pleine activité sont plus sonores que d’habitude.

Et vive l’herbe ! un homme parle d’elle avec empathie, Jacques Réda ( L’herbe des talus ) :

L’herbe nous ressemble, elle pousse partout. Entre les pavés des capitales aussi bien que le long des talus. Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l’herbe doucement se relève sur nos sentiers.

Ainsi l’herbe nous ressemble parce qu’elle se renouvelle, tout en restant l’herbe de toujours. Elle a l’opiniâtreté de l’espérance et la profondeur de l’oubli. Le vent l’aime, il la fait courir, comme courent les mots dans nos têtes puis sur une page, quand on se laisse emporter au souffle variable des jours.

L’homme et l’herbe …forts et fragiles tous deux. Sous mon toit de grappes mauves, un nid d’herbes fraîches attend l’homme.

19 avril Coucou !

by florencebenedettigall

Pour la première fois ce matin, nous avons ici entendu Le Coucou (ou un coucou) et malgré l’absence de pluie, ça m’a donné du courage.

Il est temps pour moi de faire l’inventaire des êtres vivants dont j’ai la garde, du moins je me donne cette pseudo mission, car en fait, ils font bien comme ils veulent … les voici en désordre naturel, arbres, arbustes ou plantes, leur point commun est leur floraison, en ce 29 avril.

Excusez, mais je me mets tout de même en tête du troupeau.

Glycine

Corbeille d’Or

Jacinthe bleue

Lilas d’Espagne

Euphorbe

Bouton d’Or

Oreille de lapin

Iris

Lilas

Muscaris

Magnolia

Vilburnum

Muguet

Oseille

Monnaie du pape

Pâquerette

Bourrache

Romarin

Clématite

Véronique

Giroflée

Rose de la Gouet

Pensée

Séneçon

Cytise

Coquelicot

Trèfle

Plantain

et quelques autres, beaucoup même qui ne m’ont pas encore dit leur nom

et bien sûr,

La Dame d’ici, un peu flétrie mais bien en vie.

Merci, habitants de ce lieu, pour toutes les couleurs et toutes les formes. Chanter vos noms, dans le pépiement bouillonnant des insectes et des oiseaux d’ici, fait un grand plaisir.

J’apprends à l’instant que les guépiers sont passés pas loin, hier soir, et sûrement nous allons les entendre et les voir. Bien tôt pour cette année… Ils doivent apprécier le calme passager du monde humain.

« On n’est bien peu de chose

Dit mon amie la Rose … »

18 avril OverFurther

by florencebenedettigall

La cascade ruisselait dans les mots, mais moi, sans la moindre éclaboussure , avec toutes les autres de ce jardin, je continue mon travail vertical, et j’entends des mots américains, par delà nos territoires:

Over the Light, yet over,

Over the Arc of the Bird_

Over the Comet’s chimnet_

Over the Cubi’ Head,

Plus haut que la Lumière, plus haut,

Plus haut que l’Arc de l’Oiseau_

Plus haut que cheminée de Comète _

Plus haut que Tête de Toise,

Further than Guess can gallop

Further than Riddle ride_

Oh for a Disc to the Distance

Between Ourselves and the Dead !

Plus loin que chevauchée d’Enigme

Plus loin que galop de Clé_

O pour un disque dans la Distance

Entre Nous et les Morts !

C’est la voix de la mystérieuse poétesse ‘Emilie Dickinson, qui accumulait incognito ses travaux d’écriture, dans ses Cahiers.  » Car l’adieu c’est la nuit » rassemble les feuilles et fleurs bien vivantes de son immense jardin.

17 avril soif

by florencebenedettigall

Nous sommes en pleine chaleur, et surtout sécheresse. Mes grappes fleuries ne le manifestent pas, mais je sens dans mes racines dans mes tiges et les feuilles qui démarrent qu’un besoin d’eau s’installe, et je rêve de source, de filet d’eau, de ruisseau, de cascade…

La Dame des lieux aussi, et elle s’est mis hier soir à chanter , tout en arrosant les anémones du japon assoifées:

« Cascade

qu’est-ce ? C’est quoi, cascade ?

ça file, ça saute, ça chante à plusieurs voix,

ça sonne, ça re-sonne, ça résonne, ça gicle,

ça quoi ? ça qui? ça quand ? ça où ?

ça casse le silence,

ça casse l’ennui,

cascade cascade,

ça redonne l’envie,

l’envie de sauter,

l’envie de filer,

de gicler, d’éclabousser,

de jubiler, de crier,

et plus loin, de murmurer

tout doux tout doux,

à l’oreille des rochers,

en s’appuyant aux arbres,

en faisant résonner :

je cascade, tu cascades, elle cascatelle,

cascadons, escaladez,

qu’ils cacaillent, qu’elles cascadent,

Jubilons en rêvant

à travers vies et morts,

vers la mer, vers le Port. »

Et je la laisse chanter, d’une voix vieillie et à demi fausse, je pense qu’ ainsi, elle fera venir la pluie.

16 avril à quoi ça sert ?

by florencebenedettigall

Ce matin, 6h45 , un ou une peintre, je ne l’ai pas vu, est venu(e) . A la masse légère de mauve que j’installe contre la maison, et à celle, rose, de Clématite, il a ajouté, à l’est, un espace grandiose, rose, orangé, doré, il a étalé et fondu ses couleurs, et avec finesse installé une demi-lune or-argent au dessus de Belledonne, la belle dame. Assez vite après, il a noyé tout cela , pour une transparence légère… il a ensuite tout effacé pour remettre une surface lumineuse banale, sans variations. Le tout rapide, vingt minutes peut-être.

A quoi sert ce travail ? qui en plus ne reste pas … A quoi sert la beauté ?

Soudain, sous mon dôme fleuri, tout à côté de la forte base de mon tronc, un brin mouvant….

« Sur la pointe d’une herbe

une fourmi

sous le ciel immense. »

Hosai

15 avril

by florencebenedettigall

Il est bien difficile de faire autre chose que vivre épanouie….

et pourtant ne me viennent que des bruits humains douloureux, ou simlement inquiets, inquiets du futur. Ce sont les pensées et inquiétudes des humains. Certains sont en grande souffrance.

Moi, tranquille, confiante je continue mon simple travail, avec énergie. Et peut-être ce printemps, dans ce calme, ce silence obligatoire des humains, il est pour nous plus aisé de faire notre tâche continuelle. Insectes et oiseaux ont le champ libre, de manière normale, naturelle. Peut-être n’est-ce qu’un temps, une transition …peut-être un passage.

« Mon dieu, mon dieu

la vie est là

simple et tranquille ...  »

Les oiseaux se sont tus et la nuit nous enveloppe tous, dans une douceur légère. Pause fraîche, rêves d’accords. Nous nous reverrons demain et peut-être saurons nous chanter.

14 avril

by florencebenedettigall

En ce temps étrange, moi, la Glycine, je jubile, je déborde, j’explose.

Je me régale de mon travail, ouvrir doucement chacune des fleurs de chaque grappe de chaque branche, et en même temps très doucement laisser sortir les premières feuilles cuivrée qui s’installent au dessus des grappes.

Enorme travail jubilatoire, qu’accompagne une perspective étonnante; un futur de graines se formant de ces fleurs, et plus tard bien plus tard de ces graines jailliront rêves et fabrications diverses, réelles ou fictives.

Elle, ma voisine, locataire de ce lieu, dans son état de rétrécissement douloureux, sait pourtant m’encourager dans mon travail de vie.

Je m’explose d’autant plus, en formes et couleurs, dans la lumière de ce 14 avril , qu’elle en reçoit, je le sais, un peu beaucoup passionnément, de cette énergie de vie. Elle en a besoin, et sait l’admirer.

Ne sommes nous pas dans le même mouvement, dans le même vent, et de mort et de vie, et de vie et de mort ?

13 avril 6h55

by florencebenedettigall

Ciel en feu

buisson vibrant de pépiements d’oiseaux

au loin

une cloche tinte lentement

je rêve d’une eau envahissante

et continue.

12 avril . Ma voisine

by florencebenedettigall

Ma voisine : le Daucus.

Tout proche de moi, et plus loin sur le sentier qui mène au bois, prospèrent les daucus, ou carottes sauvages. Lumineux voisinage.

« Ce sont des ombelles éparses dans l’ombre; des espèces de constellations plus familières, moins éclatantes, moins froides et surtout moins figées que celles qui pourront sembler leur répondre au dessus des arbres une fois que le beau voile du jour aura été tiré.

Me voici parvenu au seuil d’une espèce de ciel d’herbe où flotteraient à portée de la main, fragiles, plutôt que des astres aigus, de petites galaxies flottantes, légères, blanches vraiment comme du lait, ou de la lainée brebis telle qu’il en reste accrochée aux ajoncs dans les îles bretonnes.

C’est aussi un peu comme quand on surprend les premiers pépiements, avant l’aube, c’est à dire dans un autre sorte d’ombre, d’oiseaux qu’on ne voit pas. A la fois distincts et reliés. Mais ce murmure, ici, des ombelles, annonce-t-il aussi quelque chose comme un nouveau jour, une autre éclosion ? Il ne semble pas. C’est un langage encore plus étranger. Vagues lueurs dans l’ombre, flottant au dessus de la tombe commune. « 

Ce texte de Philippe Jaccottet ( Et, néanmoins ) correspond si bien à ce que , moi, la Glycine, j’ai ressenti dans la demi lumière du matin avec les bruits vivants des oiseaux du jardinLa fragilité des grappes naissantes semblait presque lourde par rapport à la légèreté du Daucus voisin.

(On imagine une toile d’araignée aux dimensions du monde infini, qui brillerait dans l’ombre et dont le centre serait, cette fois, un tendre soleil inconnu. )

C’est la lutte

by florencebenedettigall

Lutte de beautés, j’espère gagner le prix, je suis vraiment en plein épanouissement et pas encore de signe de fatigue. En face Cytise ouvre mes rivales, grappes jaunes élégantes dans leur environnement de feuilles naissantes, et à gauche, elle, elle n’arrête pas d’ouvrir ses petits coffrets, d’où la fleur rose tendre sourit de ses quatre pétales réguliers….c’est Clématite, mine de bijoux, et douceur de sa couleur. Elle est belle, oui, c’est sûr, mais moi, je me sens Reine, en ouvrant ce matin les grappes de la zone inférieure de ma construction architecturale.

Il n’y a que les humains qui eux se sont retirés du concours, repliés, inutiles, ils pleurnichent dans leur vie réduite, et tous les soirs , vers le coucher , font un vacarme désagréable, mais touchant, casseroles, tamtam, clochettes etc….je préfèrerais que le violoncelle revienne. Ou qu’ils laissent la place totale aux oiseaux des jardins. Mais je pense que ça leur fait du bien et je les laisse faire.

Je rêvais de violoncelle, et voilà que ce matin m’arrive une musique vibrante …j’aime j’aime, c’est Charles Mingus,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, l’histoire du chapeau, Good bye Pork Pie Hat. …