Mots de glycine

Mois : avril, 2020

Complices

by florencebenedettigall

Moi, la Glycine, j’entends les mots de ce vieux poète- enfant Guillevic et ça me plait !

besoin de dire ta complicité

Avec les fleurs, toutes,

Depuis le temps

Où elles apparaissent

Jusqu’à celui

Où elles s’épanouissent

Et jusqu’à l’heure

Où elles sont condamnées.

Même fanées,

Tu es encore leur frère

il a écrit ce texte le 19_4 -94 et un peu avant, celui ci bien tranquille :

Ce ciel aujourd’hui si bleu

Parait soutenu

Par le chant du merle

Dans le bosquet _

Ou alors c’est l’inverse.

Mais si,

Merle et ciel

Sont complices,

Tu n’es pas

le catalyseur.

Merci, Guillevic.

9 avril

by florencebenedettigall

Six heures trente

au dessus du Granier lune d’or insolente

au dessus du Grand Arc à l’est

grande lueur douce qui s’empare du ciel

et moi, la Glycine,

tranquille après le repos de la nuit

je reprends mon travail de poussée de la vie

tant de grappes sont encore à ouvrir aujourd’hui

Confiante, je respire.

8 avril: la Balance

by florencebenedettigall

Je suis en cet intense travail de floraison, et je sens la charge des beautés en plein épanouissement : sur un plateau la légèreté abondante des grappes, sur l’autre la densité tortueuse du tronc et des branches, et je rêve d’équilibre.

Un poète alors vient chuchoter, dans le fouillis de la végétation du jardin, un texte de balance :

J’ai toujours eu dans l’esprit, sans bien m’en rendre compte, une sorte de balance. Sur un plateau il y avait la douleur, la mort, sur l’autre la beauté de la vie. Le premier portait toujours un poids beaucoup plus lourd, le second, presque rien que d’impondérable. Mais il m’arrivait de croire que l’impondérable pût l’emporter, par moments. Je vois à présent que la plupart des pages que j’ai écrites sont sous le signe de cette pesée, de cette oscillation.

Le texte de Philippe Jacottet, se prolonge en voyage personnel profond.

Philippe Jaccotet: A travers un verger.

Soir du 6 avril

by florencebenedettigall

Les humains ne parlent que de maladies et de morts; les humains pleurent et s’effacent, les humains sont meurtris.

Et moi je jubile, je m’ouvre, je me colore, je frémis légère et volontaire.

Le vieux poète chinois Li Po parle de moi tout simplement: ( c’est amie H. qui me le transmet )

Sa branche s’accroche aux nuages

Et, c’est vrai, j’essaie de calligraphier ceci de mes branches souples et puissantes . Le plaisir de l’écriture me conduit loin, et j’ai vu la clématite rose ma voisine, qui elle aussi tente de s’étirer vers le ciel. Saurons nous écrire ensemble dans ce ciel clair d’Avril ?

Passage

by florencebenedettigall

6h 15 du 5 avril

un corbeau passe en croassant

un homme s’en va avec la nuit

moi, la Glycine, j’attends lumière et chaleur

et continue.

et les oiseaux des jardins

m’accompagnent.

.

Samedi 4 avril

by florencebenedettigall

6h15 Nuit tranquille, transparence.

6h30 Côté- Est très légèrement ouvert, attente tranquille.

6h50 La clarté s’installe, silence général.

6h55 Le bosquet de lilas frémit, les oiseaux s’agitent.

7h La lumière s’empare de mon présent monde, en douceur.

7h20 La sphère du soleil s’installe et m’éblouit. La Chartreuse, le Granier reçoivent directement la dorure du matin. Le voyage quotidien du soleil a démarré, tranquille, aucun nuage.

et moi je m’apprête à accueillir des flots et des flots , et à m’ouvrir à ce temps généreux.

Grand jour

by florencebenedettigall

Premier jour, les grappe florales supérieures ont entamé leur ouverture, précautieusement, car le vent frais est bien présent, mais sûrement. Le mauve très pale s’affirme, annonce les jours suivants colorés. J’attends que le geai de La Peysse vienne et file l’annoncer aux amis de cette vie. J’attends aussi les abeilles qui entament leurs visites dans ce coin de terre.

Patience et tranquille travail de floraison, progression lente et régulière, avec la lumière qui s’installe de plus en plus dense.

Non, rien à voir avec la naissance d’un animal ou d’un humain.

Pour nous, le choc, la violence, est en de ça, lorsque la gousse , après des mois et des mois, subit la chaleur et brutalement explose lâchant ses graines pour un futur. Dans le terrain alentour, ou parfois dans le tiroir d’une armoire …

Oubliant les rumeurs sordides concernant nos voisins, les humains, je m’installe dans ce temps de floraison, sachant que je n’ai plus ni choix ni décision. Je n’ai qu’à suivre mon propre mouvement de vie. Je suis joyeuse.. . et mon obsession est la couleur qui peu à peu va tout envahir. Mes pinceaux jubilent d’avance.

Jour normal

by florencebenedettigall

Le pont suspendu

Aux plantes grimpantes

S’accrochent nos vies.

Haiku de Matsuo Basho.

Le 2 avril

Les oiseaux s’agitent, vibrent de vie, libérés des nuisances humaines.

Autour de moi tout avance, s’épanouit : de la clématite rose au lilas, du cytise au muguet, de l’euphorbe dominante aux pousses de coquelicots, tout progresse et vibre.

Et moi, patiente et confiante , j’absorbe la fraîcheur des nuits et le soleil d’avril, et lentement je développe mes nombreuses fleurs. J’aime cette lenteur des formes et des couleurs, et je me plais à chanter comme en sourdine dans mes tiges noueuses et tourbillonnantes.

Les humains ont changé leurs vies, peu sont dehors, peu roulent en voiture, peu se regroupent et parlent. Leur vie est figée et tendue, leur vie est angoisse ou patience. Ceux de par ici , je l’espère, laissent en eux le printemps venir, et sont prêts à nous écouter demain au point du jour.

by florencebenedettigall

Le travail se fait tranquillement, le soleil régulier aide les multiples grappes à avancer dans leur épanouisseement, comme toute oeuvre en création. Patience. Attente.

Tout près, le premier iris violet foncé s’est ouvert sortant de sa gangue rigide.

Et me revient un texte lu d’une voix d’humble sage :

Un iris

Et tout le créé justifié.

Un regard

Et justifiée toute la vie.

François Cheng