un deux trois soleil
par florencebenedettigall
Je laisse mes bavardages de glycine envahissante…
J’entends une voix fraîche de gamine:
Un deux trois , SOLEIL!
nous sommes trois gamines
trois sur une ligne de départ
une quatrième, à une distance précise,
derrière elle le mur
Elle se colle contre lui
et jette les mots « un deux trois, SOLEIL ! «
à Soleil elle se retourne, très vite,
tant qu’elle est contre le mur
nous trois on file on avance
dès qu’elle se retourne, SOLEIL ,
on s’immobilise
le but est d’avancer d’avancer
sans qu’elle nous voie
jusqu’à prendre sa place, bien sûr.
Etre celle qui crie:
Un deux trois SOLEIL .
Je voudrais ce matin Trois Mai crier:
Un deux trois, SOLEIL ! et que le soleil nous revienne et nous comble.
Brutalement, Trois mai, me revient soudain, non un jeu d’enfants, mais une horreur de la guerre, une bouleversante peinture. Dans ma vie le premier tableau qui m’ait « fusillée » profondément: Le TRES DE MAYO de Francisco Goya … (vu au Prado quand j’avais 16 ans ). Le Tres de Mayo 1808, peint en 1814.
Un deux trois t’es mort ! ( il y en eut quatre cents ainsi) et la force bouleversante de la peinture, lumière sur la victime, ouverte, presque christique, et nous, spectateurs de l’histoire, derrière les soldats, sombres exécuteurs des ordres, ordres d’ exécution des rebelles espagnols.
L’histoire n’a pas fini de nous bouleverser. Et la peinture … les mots s’épuisent.
Mais, sous la Glycine les petites filles continuent leur jeu:
UN DEUX TROIS SOLEIL !!!
UN DEUX TROIS SOLEIL !!!