Mots de glycine

Mois : Mai, 2020

Le 19 mai

by florencebenedettigall

Sous ce plafond feuillu où les mots vibrent et résonnent, j’entends la voix d’ hier. François Perche continue à donner discrètement une musique pour moi bien proche. Je le sens présent ici :

Adossé à un arbre

J’écoute

L’intime de moi-même.

Détacher les lignes de sa main

Brûler son ombre, et

Disparaître.

Simple évocation.

Après la violence du geste

L’encre s’apaise.

François Perche ( A quoi bon des poètes en ces temps dérisoires )

lundi 18 mai

by florencebenedettigall

Sans titre, jour banal pour moi, la glycine. Je continue bien sûr mon travail, en toute confiance. Une belle journée s’est enclenchée, claire, stable, je reçois lumière et douceur, plus tard chaleur dans la normalité végétale. Je devine que pour mes voisins, tellement désorientés dans les énigmes de leurs vies, ce sera une force, un plaisir. A vrai dire, je m’en moque de leurs inquiétudes, et je sais qu’en cas de problèmes dans ma vie, à condition que je reste visible, décorative, ils ne sont pas vraiment soucieux de moi …. et de mes états d’âme.

J’entends la voix de ma voisine dire des mots étranges et des silences.

Les voici :

Moi,

Egaré au milieu de cent et mille

Images

Et mots.

N’arrive plus à me reconnaître.

Quoiqu’il arrive, je fraie ma route,

Aux aguets

Syllabe après syllabe..

texte tiré de  » A quoi bon des poètes en ces temps dérisoires « 

de François Perche ( Rougerie )

16 mai

by florencebenedettigall

comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent _

Me reviennent comme un chant d’enfance

les vers de Lorand Gaspar, du poème Nuits (Patmos et autres poèmes )

Quinze mai

by florencebenedettigall

Pluie toute la nuit, j’ai l’impression d’être en pleine extra-croissance de tiges et de feuilles, et l’activité ne peut cesser, mes racines, comme celles de mes proches, étant nourries généreusement dans le sol imprégné d’eau bienfaisante.

Soudain, – est-ce un signal de répit ?- soudain un groupe rapide de petits volète autour de moi, repart, revient, s’agite dans mes branches, puis file vers le seringat.

Les hautes herbes du pré s’agitent telle une marée, source riche pour tous nos habitants .

J’attends la bonne lumière.

14 mai

by florencebenedettigall

Mais les pluies mais le froid mais le vertige de ce temps étrange, où l’homme peut-être réalise qu’il est en voie de disparition

en voie pathétique de dissolution

en voix muette de négation

en voix de « sans son « 

vlan ! vlon !

Chut !

le treize mai

by florencebenedettigall

et tournent les spirales, en ce temps monotone où , détachés de contacts rencontres évènements, nous sommes juste portés par le mouvement premier, du temps.

Spirale des heures des jours et des nuits

spirale des images des chants des rêveries

spirale des pensées des constructions des créations.

Tout en écrivant mon doigt suit le dessin de Käthe Kollwitz: Sellbsbildnis mit Hand an der Stirn.

L’oeil droit les doigts repliés l’avant bras et le cou la joue le front les deux doigts médians la chevelure le passage sous le menton la joue droite l’autre oreille le haut du front et je tourne et je tourne … de son intense dessin sort une vie intérieure cherchant prudemment à respirer, peut-être s’ouvrir et communiquer.

Spirale ici des mots qui cherchent une ouverture.

spirale

juste respiration.

et le douze

by florencebenedettigall

« Je vis ma vie en cercles

De plus en plus larges

Qui passent sur les choses

Peut-être n’acheverai-je pas le dernier

Mais je veux le risquer. »

Rainer Maria Rilke

11 mai 2020

by florencebenedettigall

A 7 heures

inhabituel

sur la branche du Rosier

petit appel rond et rouge

gorge déployée

oeil perle vive

il raconte il raconte

et je l’écoute

et je ne sais de quelle amie

il chante la vie

évanouie.

10 mai

by florencebenedettigall

Mon voisin déborde de fleurs, de pousses, de guirlandes comme pour faire des couronnes de mariée, des guirlandes de fête du printemps, il n’arrête pas d’ouvrir tous ces yeux, de faire sourires et sourires, et de crier : je suis le Seringat, je suis le Seringat !

Moi je me cache dans ma création importante de feuillages, et j’avance des tiges en tous sens, je m’accroche ici et là, j’essaie d’occuper le balcon attirant, et même de de me glisser par une baie ouverte à l’intérieur d’un espace fermé. Ce travail me plait, je me sens vivante et importante en ce monde mi-libre mi-discipliné. Aprés la période délicate de créations des grappes florales, aujourd’ hui asséchées et cachées dans le fouillis de mes feuilles, j’aime me laisser aller à la réalisation de ces volumes feuillus, et de ses pousses fines et déterminées.

Le temps pour nous se déroule normalement. Mes voisins humains semblent pris dans un scénario étrange, curieusement, ils continuent tous les soirs de se rassembler tout prés de mon lieu, et de faire pendant dix minutes un tintamarre joyeux de cloches, casseroles et tam tam.

Etrange pour moi, qui aime tant le calme de chaque soir.

Mais ils sont souriants.

9 mai

by florencebenedettigall

juste entendu

un vieux qui

radotait sous mon feuillage.

Au fond de la pivoine

l’abeille s’arrache

à contrecoeur

et Basho m’en lance un second:

A chaque brise

le papillon change de place

sur le saule

Un ami, Kobayashi Issa, a rejoint Basho:

Nous marchons en ce monde

sur le toit de l’enfer

en regardant les fleurs

Et moi, la Glycine je rêve de mots simples

car mes fleurs ont disparu.