Mots de glycine

Mois : mars, 2021

Envol en voix

by florencebenedettigall

Je regarde une photo de cigognes en vol ….larges ailes en pleine action, je les entends glisser dans l’air de ce matin , et leurs voix m’arrivent énergiques et sures.

Une telle détermination, une telle sûreté de direction, et un tel sens de l’Ensemble …

Moi, quelques mots , quelque souffle, un désir d’avancer, de se soulever, de voler peut-être, mais un si faible pouvoir d’élévation.

Je tente chaque jour de lever ma voix vers là haut !!!

Couleur de terre

by florencebenedettigall

Le petit livre merveille d’ Anne Marie et Philippe Jaccottet revient sur mon chemin :

 » Chemins, taches rousses des sédums, lianes des clématites sauvages, chaleur du soleil couchant.

(Noté d’abord cela, pour ne pas oublier l’intensité singulière de ces instants.)

Ces taches rousses sur les rochers _ comme on parle de la lune rousse _, comme des morceaux de toison, de la toison du soleil couchant; et puis ce lien entre chemins et chaleur, une chaleur émanée du sol; et le chemin, une sente plutôt qu’un chemin, « la sente étroite du Bout du Monde », mais justement pas du Bout du Monde: d’ici, de tout près, sous les pas. (Non dans un livre.) Tendre trace silencieuse laissée par tous ceux qui ont marché là, depuis très longtemps, trace des vies et des pensées qui sont passées là, nombreuses, diverses, traces des bergers et des chasseurs d’abord – et il n’y a pas si longtemps encore -, puis de simples promeneurs, d’enfants, de rêveurs, de botanistes, d’amoureux peut-être Le temps humain qui inscrit ses lignes souples dans le sol. « 

C’est le début de  » Couleur de terre « , et je reprendrai ce chemin avec émotion.

Sa présence

by florencebenedettigall

Je l’entends me chuchoter à l’oreille des mots qui me font respirer:

« C »est ainsi que sur le rôle des mots, à défaut des pensées, des images me viennent; je vois des navettes courant ur le métier du tisserand, des barques sur des canaux, des remorqueurs, des péniches comme on en découvre à certains noeuds du trafic, dans le miroitement des Pays-Bas. Un instant, les mots m’apparaissent pareils, allant et venant, circulant dans l’espace invisible de l’esprit, tissant un réseau utile,inlassablement, depuis toujours, ou aussi bien une sorte de vêtement. Ils aideraient la vie, ils nous réchaufferaient, nous abriteraient. »

C’est Philippe Jaccottet , dans A travers un verger . Sa présence s’impose, discrète, et rassure.

Maintenant

by florencebenedettigall

Une feuille m’arrive ce matin venant de Philippe Jaccottet:

« Maintenant la terre s’est dévoilée et la lumière du soleil en tournant comme un phare fait les arbres tantôt roses tantôt noirs.

Puis elle écrit sur l’herbe avec une encre légère « 

Respirer

by florencebenedettigall

reprendre les fils, de trame et de chaîne qui sont en place depuis longtemps, et continuer le tissage de branches, de paroles, de nuages, d’oiseaux, de chansons, de mains, de rêveries, et de simples syllabes porteuses: per …en …dis … ar … et laisser le rythme de la respiration agir.

et passer et repasser, et laisser le fil raconter, même s’il est tout ordinaire, sans projet ni perspective particulière, comme d’autres, seulement passer et repasser, tout en sentant derrière soi d’autres qui passent et repassent, sans autre raison que la simple respiration de VIE.

elle arrive

by florencebenedettigall

Dans le tissage bien installé de pluies et de nuages, l’attente , oui l’attente d’une giclée vibrante de vie .

Je l’entends, elle bourdonne au loin et de sa lumière va briser, faire exploser ce temps désolant. Mes bourgeonnantes poussées l’attirent, je le sais, et je guette sa venue, et sa musique dansante.

Je le sais elle arrive, forte de vie, elle arrive.

Tisse

by florencebenedettigall

Tisse les herbes

tisse la pluie

tisse le vent

tisse les cris

tisse les voeux

tisse les souffles

tisse les mots

qui vibrent, et nos routes.

Tisserande

by florencebenedettigall

j’essaie de l’être, tisser des mots qui dans l’eau de vie, s’agitent et parfois s’imposent.

Tisser juste pour le plaisir de voir se dérouler cette toile qui n’a aucune raison d’être, si ce n’est: ne pas disparaître,

des mots qui viennent et désirent juste se glisser

juste se croiser avec d’autres, ceux de la trame, enfouis, peu visibles.

Et moi, la glycine je fais, de manière naturelle, sortir quelques mots qui dans la poussée de mars, commencent à

se gonfler pour vivre.

C’est ainsi, énergie nécessaire

tissage non calculé mais inévitable.

On voit

by florencebenedettigall

Il revient me trouver, Philippe Jaccottet, avec ses Pensées sous les nuages :

« Derrière la fenêtre dont on a blanchi le cadre

(contre les mouches, contre les fantômes),

une tête chenue de vieil homme se penche

sur une lettre, ou les nouvelles du pays.

Le lierre sombre croît contre le mur.

Gardez le, lierre et chaux, du vent de l’aube,

des nuits trop longues et de l’autre éternelle. »

Et un bruit fluide m’attire:

« Quelqu’un tisse de l’eau (avec des motifs d’arbres

en filigrane). Mais j’ai beau regarder,

je ne vois pas la tisserande,

ni ses mains même qu’on voudrait toucher.

Quand toute la chambre, le métier, la toile

se sont évaporés,

on devrait discerner des pas dans la terre humide. »

Restent pour nous des mots, reflets fugitifs de ces temps de vie.

Et commence

by florencebenedettigall

Et commence le bourdonnement, commence l’éblouissement, et les futurs s’annoncent, malgré tous les signes étranges d’une vie humaine bouleversée.

J’ ouvre, je capte, j’accueille, je saisis, car lumière s’avance déjà tôt, et chaleur se prépare, er vibrance des uns et des autres , en ce presque printemps.

Seul, esquinté, le monde humain boite, souffre sans bien saisir , sans bien guérir son mal de vivre.

Abeilles ont commencé leur saison de vibrances et de travail. je m’en réjouis, et les chante en mes branches pleines de futur.

Il faut vivre ensemble , chanter pour attendre, et respirer le soleil

Attentifs, confiants.