Mots de glycine

Mois : avril, 2021

En pleine eau

by florencebenedettigall

Après une violente vague de froid, avec gel et destruction, c’est dans une musique régulière mais changeante que je vis les pluies successives. Sous l’avancée de la maison , en partie au sec, je m’installe dans cette ambiance étrange, les longues grappes , dont certaines ont été gelées , les feuillages tout nouveaux, et le monde , arbres et herbes, autour de nous, se gorge d’eau et de futur.

Je deviens moi même couleur d’eau, mauve aquarellé, touches dissoutes dans un bruissement généreux.

Je chanterai bientôt.

Ecoute

by florencebenedettigall

Moi, peu habile en ce temps de dégâts, fractures, atteintes, blessures, je suis ce matin remise en vie, par ce chant qui m’arrive:

Ecoute le son devenir clé et ouvrir les champs

Les vagues devenir pulsations et ranimer les ailes

Ecoute le son devenir abeille et voler de feuille en feuille

De toux en frémissements

Devenir main qui cueillera douilles et pétales

Mettra feu aux ailes et feuilles

Ecoute les flots devenir sillons dans la terre

Regarde papillonner les sons dans l’espace de ta bouche

Les bulles devenir été devenir barques sur les vagues

les barques devenir nids, les nids devenir gorges

Et pousser chants et charmes à ton passage

Ecoute le son devenir étreinte, devenir caresses

Et se laisser glisser loin de ta peau

Comme les olives qui gonflent

et disparaissent

sans avoir savouré la proximité de ta peau

Ces bulles qui enlèvent les fourmis

dérobent les épines aux roses sur leur passage

Qui fixent de leur regard les épines et les roses

Jusqu’à la disparition des paupières

Jusqu’à la dilution des épines dans le regard.

Force fascinante de ce texte de Seyhmus Dagtekin, de la bête et de la nuit, Le Castor Astral.

Et si la vie …

by florencebenedettigall

Et si l’envie …L’envie de saluer chaque plante de ce jardin, comme on dit bonjour à la vie, pour s’y tenir, quand le vent et le froid paralysent.

L’envie de toucher les pétales de l’une, la couleur de l’autre, l’histoire, la danse , l’espérance de l’une, de l’autre,…dans le silence étrange des hommes.

l’envie de s’y relier, demi éteinte, demi figée.

et les grappes fleuries pleurent dans le froid du matin

Patience ?

by florencebenedettigall

Grand ciel vent froid

souffrent les fleurs

et les tiges naissantes

rien à dire rien à faire

rester vivante

tenir les fils

et vibrer pour demain.

Comme beaucoup

by florencebenedettigall

moi comme beaucoup d’autres

par ce froid bloquée

esquintée cassée

défaite dans ma poussée

en plein élan niée

et pourtant hier dans le soleil de midi

sont venues les abeillles charpentières

pleines de vitalité

est-ce pour creuser mon bois ?

entreposer leurs oeufs?

bourdonnantes de vie

en ce monde demi détruit

elles chantaient elles vibraient

et moi demi atteinte

je taisais ma souffrance.

et ce matin je vois les hauteurs alentour

blanchies de neige

durant la nuit

muettes.

Peur

by florencebenedettigall

Le froid est revenu il y a deux jours

mon travail violemment bloqué

comme vignes et cerisiers

grappes naissantes en souffrance

angoisse et silence crispé

j’attends j’espère

au coeur de moi même

la résistance

puis la reprise de mon travail

de vie de chant

de mots de futur.

Le ciel très chargé va peut être s’agiter

et libérer

l’eau de vie

les grappes de mots

les mots de glycine

J’attends je tremble

je guette le moindre signe

de re-vie.

été/hiver

by florencebenedettigall

Bon soleil calin cet après midi, mais ce matin, moins cinq et neige sur les rebords de Belledonne,

Je vis de contrastes: à côté de moi boutons d’or envahissants qui luisent en chantant, et débordement de gros muscaris qui vont bientôt perdre leur bleu.

Moi je vais doucement, mes grappes formées hésitent à s’ouvrir, laissent le temps les échauffer, les restes hivernaux, suspension des gousses à demi éclatées, sont encore rattachés à mes branches. Le travail se fait lentement.

Et peu à peu s’approchent quelques papillons, bourdons et abeilles. La vie avance, tout le raconte. Juste un temps d’arrêt inquiet du côté des humains.

Sur la toile où peindre mes lieux de vie, il faut absolument rajouter une grande vague de jaune, celle des tulipes toutes ouvertes et souriantes, en ce temps de développement.

tous les temps

by florencebenedettigall

Avant que la floraison ne prenne le dessus _ et c’est bientôt , car le mauve s’installe _ je réalise que je porte le passé le présent le futur. Les gousses suspendues encore à mes branches, presque toutes éclatées, tordues, ayant lâché les brunes luisantes pastilles, quelques unes n’ont pas encore éclaté, le soleil va s’en charger peut-être aujourd’hui. Et dans l’herbe, des restes de ces gousses, et quelques pastilles pas encore absorbées dans le sol et les végétaux nous content le temps. J’entends et la musique du futur, et celle du passé.

Je sais qu’ainsi je raconte. Un jardinier appliqué aurait déjà supprimé les restes passé -futur, pour alléger cet espace. Moi je garde ce monde tel quel , que les abeilles viennent de plus en plus visiter. La floraison en cours, et les futurs possibles que les grappes naissantes me disent , portent cette force de vivre, malgré les malgrés.

Glissons glissons et ouvrons nous au futur.

sure fabrication

by florencebenedettigall

Merveille oui , et c’est normal,

mère veille sur ses enfants en pleine fabrication

vert premier, non gris argent, non, beige terne avec des filets sombres

d’où s’installe l’autre couleur

sa réplique son complément

son enfant son futur

à surveiller jour après jour

heure après heure

car, c’est sûr, le mauve va

bientôt sur chaque branche s’installer

subtile transformation

mais si sûre si confiante

que la légèreté devient dominante

pour un futur.

Je vis cette métamorphose

heureuse de ce temps de création

et le peintre en moi travaille :

arriver moi aussi il le faut

à faire surgir du gris brun de chaque branche

ce vert argent qui lui même se transforme en mauve

de naissance.

Et la mer au loin

veille

avec sa musique ineffaçable.