Mots de glycine

Mois : juin, 2021

Clefs

by florencebenedettigall

Je relis avec bonheur les tiges, branches, fleurs et racines de l’écriture Philippe Jaccottet.

« Chose donnée au passant qui pensait à tout autre chose ou ne pensait à rien, on dirat que ces fleurs, si insignifiantes soient-elles, le « déplacent en quelque sorte, invisiblement ; le font, imperceptiblement, changer d’espace. Non pas, toutefois, entrer dans l’irréel, non pas rêver ; mais plutôt, si l’on veut, passer un seuil où l’on ne voit ni porte, ni passage.

***

Et s’il y avait un »intérieur  » des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait ?

Elles vous échappent . ainsi, elles vous font échapper : ces milliers de clefs des champs. »

Philippe Jaccottet . Aux liserons des champs.

Ils se glissent

by florencebenedettigall

partout ils se glissent, contre le mur, sur le chemin, le long des lieux de vie. Blanches et ouvertes, comme des bouches qui chantent, elles se multiplient, et d’autres se développent d’un rose léger, toutes ouvertes aussi .

Et moi dans ce mouvement de poussée de vie, je suis en train de glisser en la seconde floraison, grappes en confection, couleur légère en préparation.

La chaleur les fait vibrer en moi, de possibles, de mots probables.

silencieux si présents

by florencebenedettigall

ils explosent dans leur discrétion , les liserons, vivant au bord des routes des rues et des chemins … depuis quelques jours, ils s’installent, s’épanouissent, chantent la vie rampante, la présence sans annonces, le presque silence.

Je les salue, et la blancheur simple de leurs fleurs, comme surprises en un lieu éteint, me fait rêver.

comment freiner

by florencebenedettigall

freiner l’envahissement ? je n’arrive à limiter mes pousses, mes jeunes branches qui se régalent à prendre possession et des autres vivants, et des lieux installés, murs et limites … je n »arrive plus à contrôler cette poussée vitale, et voir une de mes filles s’attacher à un trio de roses trémières et réussir à en coucher à terre deux des

trois … . Je ne supporte pas, ma vitalité devient dangereuse, ma vie peut éteindre celle des autres, et cela me blesse profondément. Laisser vivre sa propre confiance sans écraser les autres …laisser pousser des tiges d’espoir, sans éteindre la vie , lancer des arias de vie aimée sans étouffer les autres…

Qui domine ? chacun a-t-il en lui la possibilité de vivre en laissant la rose trémière rester verticale, préparant ses fleurs d’un rose intense ?

la vie est là, non pas « simple et tranquille », mais folle et écrasante, et la force qu’elle donne a besoin d’un grand souci de limites, et de respect.

Me voici moralisant, comme ma compagne d’écriture…

une mer

by florencebenedettigall

Ce fut une mer de douceur, de parfums, de mouvements herbeux, une mer porteuse d’oiseaux blottis dans de calmes refuges , et d’elle montaient et remontaient des adagios de vie prometteuse.

Hier en un tourbillonnement impitoyable, tout dut disparaître ailleurs, et les vagues abandonnées ont perdu leur vivante respiration.

Ce matin quelques oiseaux tentent de retrouver les reflets des nids herbeux

et je les invite, chez moi, moi la Glycine de cet ici tranquille.

le temps des oiseaux

by florencebenedettigall

« Comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent –

aux longs crépuscules d’été

les jeunes martinets

empruntent

des courants subtils qui montent

vers de hauts-pays inconnus

où nul regard ne peut les suivre –

tu entends un dieu sous les voûtes

marcher dans l’herbe du matin « 

Oui, oui,

J’entends prés de mon lieu les pas dont parle Lorand Gaspar dans le recueil Nuits.

Et j’en chantonne leur musique.

Au vol quelques mots

by florencebenedettigall

Marcel Migozzi nous donne des mots de vie :

Dans le très haut des arbres,

Le silence sans ailes,

Et ces présences oubliées, à terre,

Souvenirs laissés en lichens.

Pourtant le rouge- gorge sans mots chante

« N’oublie pas la beauté »

Marcel Migozzi, Lumière plus vive que veuve, éditions Estuaire.

Premier de Juin

by florencebenedettigall

Je suis dans mon confort de feuillages, bien nourrie de soleil après une période de pluies et de vents inquiets. Je me prélasse heureuse de cette vie dans le soleil du matin. Les anciennes gousses encore accrochées mais vidées, restent présentes pour les nouvelles. Celles ci vertes et fraîches sont lovées au coeur du feuillage généreux.

Les humains devraient apprendre notre patience: supporter le vide, puis la renaissance, puis l’évolution combattive jusqu’à la pleine réalisation. Après quoi l’acceptation des pertes et des vides qui annoncent avec évidence les futurs prochains.

Pleurer, après la fin des superbes grappes, les départs des graines, éclatées hors des gousses, attendre le futur de ces graines… et aller vers en confiance.

Ils n’arrivent à avancer comme nous, dans une acceptation normale.

Ils pleurent la fin des pétales, la fin des gousses, le départ des graines, la disparition de celles ci, l’attente de leur future vie nouvelle…et le rythme naturel évident de mort-vie, vie-mort, mort-vie, départ-arrivée, soir-matin, hiver-été.

Et aujourd’hui l’été vient, tout proche.