Présent
by florencebenedettigall
de Guillevic :
Un vieil homme
Est passé sous un arbre,
Un très vieil arbre.
Le vieil homme a souri,
S’est arrêté quelques secondes,
N’a rien dit.
de Guillevic :
Un vieil homme
Est passé sous un arbre,
Un très vieil arbre.
Le vieil homme a souri,
S’est arrêté quelques secondes,
N’a rien dit.
Accepter tout d’un coup une disparition
Une branche vivace très solide apparait défaite, par le temps ? par le vent ? par un évènement, tempête, sécheresse ?
Le tronc tient mais les tiges pleurent et leur feuillage perd sa vitalité
et moi je refuse
et mes mots s’imprègnent
d’incompréhension
malgré moi, j’ai vu le long du mur de la construction une triple ceinture de solide fabrication mienne , je ne comprends pas, je n’ai pas voulu. Oui, sans projet, ni conscience, triple liane d’une solidité impressionnante, elle s’est fabriquée d’elle même et s’installe pour resserrer, tenir, étouffer peut-être cette maison. J’entends la peur des habitants.
Comment moi, la dame légère aux créations d’élégance et de finesse, comment puis-je inconsciemment me mettre en ce travail, qui va vers le resserrement, l’étouffement, de toutes façons la domination ?
et comment celle qui m’a fait vivre en ce lieu peut-elle me laisser faire ?
sans inquiétude, ni hésitation
le développement est évident
mais autour de moi
d’autres ne supportent pas ce temps étonnant de contrastes
certains si vivaces et patients
atteints en leur végétale vitalité
s’effondrent sans trop le prévoir
et voient leurs feuilles leurs tiges leur floraison
atteintes par une tacite violence.
Moi la Glycine, je ne sais que faire
pour qu’ils « rebiolent »,
je ne peux que faire chanter mon feuillage
de vie
et vriller mes silences.
et reviennent les guêpiers du Pichat
avec nécessité, avec leur évident mouvement de vie, de survie, ils passent tous les matins, tournoient dans leur quête nourricière, emplissent la part du ciel de leurs cris exigeants,
ils nous tracent des cercles de vie partagée, des cercles de commun désir de poursuivre, des cercles de poussée et de désir,
ils sont présents
ils sont
de leurs ailes vibrantes.
il arrive que le trop plein de mots de pousses de tiges de phrases de vrilles de reprises de mots surgis naturellement, sans la moindre préparation ni décision raisonnable ….que ce trop-plein ne soit que marque d’une certaine vitalité, sans conscience contrôlée ni perspectives prévues.
Il arrive que le présent chante dans le vide, dessine dans l’obscurité, et s’installe sans le moindre dessein.
Il arrive que les mots, devenus inutiles, se chuchotent juste par nécessité du mouvement vital.
Il arrive que l’évidente mortalité fasse émerger des repousses comme cris de survie.
il arrive que le temps dise encore le mouvement.
Et ça glisse, et ça file, et ça se dissout sans cri ni signe de disparition.
Mes dernières fleurs se sont défaites sous la pluie, la chaleur et les coups de fraîcheur aussi. J’ai comme toujours compensé en activant les poussées de feuillage, et les discours ordinaires de simple vitalité. Le mouvement général se poursuit et nous ne pouvons que le suivre, par delà mes pressentiments d’une générale faillite.
J’entends certains se plaindre, s’inquiéter, se confronter à des réalités peu réjouissantes. J’entends ce chant décadent, ces silences de clôture, je ne peux que me dire: « Accepte, accepte les couleurs du temps, accepte les chansons du vent, accepte les colères, les angoisses, et garde le rythme de ton souffle . »
Et je frissonne de cette vie évidente, encore présente ici.