Mots de glycine

Mois : mars, 2022

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by florencebenedettigall

Accords

Moi, la glycine, je m’accroche à cette source colorée délicatement, et si je dépasse mon propre espace, je suis fascinée par trois masses colorées, intenses, complémentaires : l’une , ample et affirmée, pourpre rose, l’autre vert jaune presque dangereuse, la troisième rouge foncé violacé… vous les voyez ? le magnolia, l’euphorbe, le prunier sauvage.

Si j’étais peintre, je jouerais de leurs masses, de leurs couleurs, et de la lumière qui fait vivre les trois.

Et en dernier, je ferais vibrer mon violoncelle pour que chante ma propre source

de vie.

Mes premières fleurs.

la première

by florencebenedettigall

ce matin grande joie explosante de la vie

entre les dernières gousses ouvertes sèches et vidées

une nouvelle accompagnée de trois autres

l’une presqu’ ouverte l »autre presque mauve et l’autre vers le futur

la lumière noie passé et présent

je dois la suivre

des pages s’annoncent

une vie débute et nous atteint et nous tire vive

incroyable musique

au rythme premier

sans conflit sans hésitation

en ce monde

d’accumulées horreurs .

Aujourd’hui

by florencebenedettigall

Etrange temps où se superposent deux mondes:

euphorie de pousses colorées, de démarrages végétaux, en un tissage somptueux …

et en même temps une effarante accumulation de réalités négatives détruisant peu à peu la vie de notre humanité.

les premières guêpes bourdons et abeilles passent devant moi en pleine vitalité dans le soleil de ce beau matin.

Je vais partir avec eux.

Tissons

by florencebenedettigall

je me sens prise dans un tissage étrange, lumière du printemps, difficultés des techniques qui nous permettent les échanges, graves accords de vies malades, force des mots qui s’emmêlent de vitalité.

Et je retrouve sans le chercher un texte de Philippe Jaccottet, A travers un verger, d’où chantent ces phrases lumineuses:

« C’est ainsi que sur le rôle des mots, à défaut de pensées, des images me viennent : je vois des navettes courant sur le métier du tisserand, des barques sur des canaux, des remorqueurs, des péniches comme on en découvre à certains noeuds du trafic, dans le miroitement des Pays-Bas. Un instant, mes mots m’apparaissent pareils, allant et venant, circulant dans l’espace invisible de l’esprit, tissant un réseau utile, inlassablement, depuis toujours, ou aussi bien une sorte de vêtement. Ils aideraient la vie, ils nous réchaufferaient, nous abriteraient. (Et comme, même autour des navires de commerce, il y a l’espace du monde -eau et ciel-, le risque, l’incertitude, ainsi, autour de simples paroles d’échange, il pourrait subsister un infini.) « 

Oui, tissons avec lui, tissons les mots mêlés de nos vies.

Oiseaux invisibles

by florencebenedettigall

de Philippe Jaccotet ( Paysages avec figures absentes )

Chaque fois que je me retrouve au-dessus de ces longues étendues couvertes de buissons et d’air (couvertes de buissons comme autant de peignes pour l’air) et qui s’achèvent très loin en vapeurs bleues, qui s’achèvent en crêtes de vagues, en écume (comme si l’idée de la mer me faisait signe au plus loin de sa main diaphane, et qui tremble ), je perçois, à ce moment de l’année, invisibles, plus hauts, suspendus, ces buissons de cris d’oiseaux, ces points plus ou moins éloignés d’effervescence sonore. Je ne sais quelles espèces d’oiseaux chantent là, s’il y en a plusieurs, ou plus vraisemblablement une seule: peu importe. je sais que je voudrais, à ce propos, faire entendre quelque chose (ce qu’il incombe à la poésie de faire entendre, même aujourd’hui), et que cela ne va pas sans mal.

Vibre le cri

by florencebenedettigall

un cri étrange entre en nos corps, cri de désastre, cri de survie

un cri absent passe dans nos regards et vibre

un cri casse et détruit tout silence confiant

et nous partageons ce désastre et tenons serré en nous

tout espoir de vie première par delà les barrières et les murs détruits

et l’insupportable vent de démence

or nos mains tiennent en douceur vivante

une forme rêvée d’infime espoir.

et quelques mots à partager

en vie.

Mais le gris

by florencebenedettigall

Herbes, nids de mésanges, bourgeons de seringa

sont pris, bientôt niés, bientôt détruits,

oui, le monde de terreurs frémissant

installe un gris sombre, un gris fermé, un gris d’arrêt

sur toute vie naissante.

Seules quelques bribes de chants, de lumières

volent dans le ciel grand ouvert.

Les entends-tu ?

Avec lui encore

by florencebenedettigall

Oui, avec Philippe Jaccottet, extrait de » On voit » :

Tant d’années,

et vraiment si maigre savoir,

coeur si défaillant ?

Pas la plus fruste obole dont payer

le passeur, s’il approche ?

_ J’ai fait provision d’herbe et d’eau rapide,

je me suis gardé léger

pour que la barque enfonce moins.

Liserons

by florencebenedettigall

« Et s’il y avait un »intérieur » des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait ?

Elles vous échappent; ainsi, elles vous font échapper : ces milliers de clefs des champs.

Pourrait on en venir à dire que, si l’on voit, dès lors que l’on voit, on voit plus loin, plus loin que le visible ( malgré tout ) ?

Ainsi par les brèches frêles des fleurs.

Comme si un homme voûté lisait un livre à même le sol. Sa dernière lecture. « 

Merci, Philippe Jaccottet, à nouveau un matin avec vous.