Mots de glycine

Mois : Mai, 2022

Le jardinier

by florencebenedettigall

Je relis des textes de Philippe Jaccottet et me nourrit directement.

 » Ce que je fais ressemblerait plutôt, décidément, au travail du jardinier qui nettoie un jardin, et trop souvent le néglige: la mauvaise herbe du temps …

Où sont les dieux de ce jardin ? Quelquefois je me vois pareil, dans mon incertitude, à ces flocons de neige que le vent fait tournoyer, soulève, exalte, lâche, ou à ces oiseaux qui, moitié obéissant au vent, moitié jouant avec lui, offrant à la vue une aile tantôt noire comme la nuit, tantôt miroitante et renvoyant on ne sait quelle lumière.

(On pourrait donc vivre sans espérance définie, mais non pas sans aide, avec la pensée _ bien proche de la certitude celle-là que s’il y a pour l’homme une seule chance, une seule ouverture, elle ne serait pas refusée à celui qui aurait vécu  » sous ce ciel ».)

(La plus haute espérance, ce serait que tout le ciel fût vraiment un regard.)

Ceci est la dernière page de » Eclaircies », je m’y glisse avec plaisir.

Avec le vent

by florencebenedettigall

avec le vent du temps me sont venus ces trois vers:

« Poème : peau d’âme

morceau de lave arraché

Au cri de quel Vésuve ? »

Mots de Michèle Finck, dans la si belle série Balbuciendo.

De Charleville à Sainte Hélène

by florencebenedettigall

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaines d’or d’étoile à étoile, et je danse. »

ainsi se sont accrochés les mots d’Arthur Rimbaud, dans ma réalité même.

être …par lettres

by florencebenedettigall

être avec elles, et trouver la respiration

être avec elles et marcher légèrement dans les pétales de roses

être avec ailes et trouver vol de survie possible

et laisser se créer toute forme toute histoire respirante

être lettres et mots être forme nuage délire et création

assemblage de vies

acceptées

libres.

écran

by florencebenedettigall

écran blanc et plongent les vents sans tourbillon ni senteur

et au loin sifflent les silences, chante le vide, bavardent les fragments de vie

au milieu des mots..

Voici que

by florencebenedettigall

« Voici que je suis plante, herbe folle

Pliant, oscillant

sur une saillie rocheuse

et me voici longue tige brune

palpitant comme flamme

Je suis un roseau

Un vieux coquillage qui chante

A jamais de même

une touffe de laîche

Une pierre ttés blanche

un os

Jusqu’à ce que je redevienne

Sable

Que je tournoie, que je m’envole

Balayée par le vent

En bordure de mer

Dans la clarté déclinante …

Car la clarté décline

Mais si tu devais venir, tu ne dirais pas

Qu’elle ne t’attend pas ici

Qu’elle a oublié. N’avons-nous pas joué

A nous déguiser en herbes folles, pierres et tiges

Tandis que passaient les étranges navires

Sans heurts_ solennellement_ laissant une boucle d’écume

Qui se déployait doucement autour de notre demeure insulaire

Bulles d’écume laissant sur la pierre

Comme des arcs-en-ciel. Regarde, chéri 8 Non, ils sont partis.

Et les voiles blanches se sont fondues dans le ciel en mouvement. « 

Ainsi a écrit Katherine Mansfield, traduite par Anne Mounic, revue Europe n° 1003-1004.

Et soudain,

by florencebenedettigall

torrent, tours, tourbillons, trombe d’eau, déversement violent, tremblements effarants, et pourtant et pourtant ….

ma terre va peut-être se régaler, acceptant cette violence que toute tige subit avec dégats et cris.

Cris et rythmes inquiétants, cris déments.

Cris du temps.

Plus Haut

by florencebenedettigall

 » En fait, de toutes mes incertitudes, la moindre (la moins éloignée d’un commencement de foi) est celle que m’a donnée l’expérience poétique; c’est la pensée qu‘il y a de l’inconnu, de l’insaisissable, à la source, au foyer même de notre être. Mais je ne puis attribuer à cet inconnu, à cela, aucun des noms dont l’histoire l’a nommé tour à tour. Ne peut-il donc me donner aucune leçon – hors de la poésie où il parle-, aucune directive, dans la conduite de ma vie ?

Réfléchissant à cela, j’en arrive à constater que néanmoins, en tout cas, il m’oriente, du moins dans le sens de la hauteur; puisque je suis tout naturellement conduit à l’entrevoir comme le Plus Haut, et d’une certaine manière, pourquoi pas ? comme on l’a fait depuis l’origine, à le considérer à l’image du ciel … »

Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, dernier chapitre.

Oui

il y a de l’inconnu…à cela … de la hauteur …à l’image du ciel…

et à la fin de ce texte:

 » (La plus haute espérance, ce serait que tout le ciel fût vraiment un regard. ) »

Aide

by florencebenedettigall

 » Adossé à un arbre,

J’écoute

L’intime de moi-même.

Détacher les lignes de sa main

Brûler son ombre, et

Disparaître.

Simple évocation.

Après la violence du geste

L’encre s’apaise. »

A quoi bon des poètes en ces temps dérisoires, de François Perche. Je le remercie.