Comme le martin pécheur prend feu

par florencebenedettigall

Jaccotet me renvoie Hopkins:

« Comme le martin pécheur prend feu, comme la libellule s’enflamme « 

Et moi j’ai vu j’ai lu, j’ai revu j’ai relu, et l’un et l’autre en ce novembre lumineux s’agitent, nous tiennent dans leur mouvement de vie, bien au delà de nos sinistres réalités.

« Choses qui vous parlent sans vouloir vous parler, qui n’ont nul souci de vous, dont aucun dieu ne saurait faire ses messagères.

Fragments brillants du monde, allumés ici ou là. Mi-parti d’orange et de bleu, de soleil et de nuit.

Ou très tendre regard, feu et nuit, qui se serait posé sur vous un instant. Pour la toute dernière fois

.

Jour de novembre, faste, où un martin-pêcheur a pris feu dans les saules.

Peut-être n’est-il pas plus nécessaire de vivre deux fois que de le revoir une fois disparu ?

OIseau ni à chasser, ni à piéger, et qui s’éteint dans la cage des mots.

Une seule fois suffirait, pour quoi ? pour dire quoi ?

Un seul éclair plumeux

pour vous laisser entendre que la mort n’est pas la mort ?

Chasseur, ne vise pas: cet oiseau n’est pas un gibier.

Regard, ne vise pas, recueille seulement l’éclair des plumes entre roseaux et saules.

Alliant dans ses plumes soleil et sommeil.

…. « 

ET moi, avec l’amie j’ai vécu la présence de vivantes libellules , vivifiant et dessinant la mare délicate et présente. Et les saules et les peupliers alentour la colorant, lui donnant forte présence dans les reflets et les échos.

Et le martin- pêcheur de Philippe Jaccottet ( Et, néanmoins ) s’est mêlé à la beauté de cette mare presque légendaire.