A travers un jardin

par florencebenedettigall

Et sans le chercher me revient un texte de Philippe Jaccottet et je retrouve un passage présent :

« J’ai toujours eu dans l’esprit, sans bien m’en rendre compte, une sorte de balance. Sur un plateau il y avait la douleur, la mort, sur l’autre la beauté de la vie. Le premier portait toujours un poids beaucoup plus lourd, le second, presque rien que de l’impondérable. Mais il m’arrivait de croire que l’impondérable pût l’emporter, par moments. Je vois à présent que la plupart des pages que j’ai écrites sont sous le signe de la pesée, de cette oscillation. Il est probable que l’âge rend plus méfiant à l’égard de l’invisible; parce qu’on commence à voir le travail de la mort de plus près, autour de soi, et en soi. Et l’autre travail, s’il existe vraiment, d’abord il a toujours été sans preuves décisives, et surtout, on commence à se demander comment il pourrait échapper à la dégradation et à la ruine, l’esprit lui même finissant tôt ou tard par s’affaiblir. C’est cette pensée qu’il faut essayer de soutenir tant qu’on le peut encore. »

Ce sont les merveilles de mon jardin, les muscaris, les fleurs de magnolia, et les fines herbes naissantes qui curieusement m’ont conduite vers ce texte anciennement lu de Philippe Jaccottet, A travers un verger.

Je m’y promène encore.