Et, néanmoins
by florencebenedettigall
Philippe Jaccottet est revenu, je l’en remercie. Je retrouve « Couleurs, là-bas » dont je recopie juste un extrait délicieux:
» Vite, regardez cela ! Le temps d’y inviter, et c’est déjà la nuit.
Verdure qui devient du verre, obscurité sans épaisseur qui n’est pas de l’ombre, mais aussi du verre, à la fois dur, exact et fragile.
Ce à quoi l’irréelle servante entrevue nous convie, c’est à la nuit »plus aimable que l’aube », à la nuit sans menace et sans opacité.
Comme si une portière invisible, et qui le restera, vous invitait à vous glisser par la porte entrouverte entre le jour et la nuit, la porte de moins en moins verte et qui ne se refermera pas derrière vous.
Ce que l’enfance a pu vous donner, il y a si longtemps qu’on s’en souvient à peine, ce que l’amour permet quelquefois . Que le regard voie plus loin que les haies, les murs, les montagnes, la lumière présente, mieux qu’aucun souvenir, l’offre encore aux vieillards recrus afin qu’ils soient encore un peu vivants.
(… …)
C’est la lumière qui trace ainsi, rapidement, vos rêves sur la vitre. Qui vous les révèle ou , au moins, vous les remémore. Qui extrait de vous le meilleur de vous, c’est à dire: le peu qui vous soit resté d’elle.
Lumière maternelle, à laquelle il n’est pas si facile d’obéir. «
COULEURS, LA-BAS.