Mots de glycine

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Paysages avec figures absentes

by florencebenedettigall

Oui, Philippe Jaccottet passe souvent me parler, ainsi hier soir sa voix discrète mais si présente s’est introduite :

« Mais, ce soir-là, une vue plus déchirante et plus secrète encore m’attendait quand, la rue ayant tourné vers l’horizon opposé, le levant, j’aperçus au dessus des murs et des toits, entre les rares arbres, la montagne basse éclairée par le soir, juste veinée de très peu de neige à la cime. Je sais encore moins comment elle me parla, ce qu’elle me dit. C’était une fois de plus l’énigmatique luminosité du crépuscule, une transparence et un suspens extrêmes, tout ce qu’essaie d’évoquer le mot « limpide », et c’était aussi autre chose, qu’il faudrait le langage des anges pour signifier avec justesse (encore qu’il s’agisse du plus humble, du plus proche, du plus commun ) : comme si l’air planait, pareil à un grand rapace invisible, tenant le monde suspendu dans ses serres ou rien que dans son regard, comme si une grande roue de plumes très lentement tournait autour d’une lampe visible seulement par son halo …

Paysages qui emportent l’esprit, qui le ravissent, l’entrainent dans leur labyrinthe où brille le fil des eaux; guides du regard amoureusement attaché à cette lampe intermittente, dont on ne sait qui la tient, et que l’on croit parfois voir ( mais n’est-ce pas trop céder à l’illusion?) déjà sur l’autre rive, déjà rendant le jour à des corps depuis si longtemps endormis … »

Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes.

Et elles dansent

by florencebenedettigall

Et elles dansent dansent

dans le souffle le soleil

le temps de vie et d’envies futures

le temps passé jamais obscur

et le présent choeur installé

notes vivantes

gousses présentes

grappes fleuries passé rêvé

graines de vie futur chanté

choeur régulier

choeur bien rythmé

je m’y installe et me balance

et danse et danse

telle un enfant dans le rythme de vie

le monde ainsi au soleil respire

je m’y glisse et je souris

et me balance dans ce rythme

bien avec vous je danse et danse.

Inclus

by florencebenedettigall

Je retrouve  » Inclus » de Guillevic :

Même les jours

Où ce n’est pas croyable

Qu’il n’y aura que cette vie,

Tant l’herbe, les chemins, le ciel

Proclament le contraire,

Sache qu’il te faudra

Bannir un jour l’éternité

De toi, aveugle alors

Au temps qui passe,

A l’instant qui suivra. »

page 214 de ce gros recueil « Inclus, » de Guillevic, publié en 1973.

Et ici tranquille s’installle, puis disparait, puis revient la blancheur d’une neige tranquille, sur nos vies immobilisées.

gris et gris

by florencebenedettigall

gris de pluies

cris mêlés

tous défaits

tous en fuite

rêves embrouillés

chants épuisés

jusqu’au signal lancé

dans la brisure solaire

peut être alors peut-être

s’ouvrira un cri

ivre en couleurs de vie

comme un corps prêt à courir

un bloc de mots chantés

vers un ailleurs du temps

espéré.

l’ombre des cris

by florencebenedettigall

Et je ne sais crier

imposer rythmes et sonorités

assurer ma propre confiance

chanter dans le soleil

je laisse le simple balancement

des graines

verticales maintenues

juste passer l’hiver ainsi

dans le temps

dans l’attente

dans l’ombre des chants intimes

sombres reflets de vies

chants possibles

chants d’outretemps

et je danse et je danse

et les ombres et les ombres

en reflets en pénombre

envahissent

et font leur chant.

tout juste

by florencebenedettigall

tout juste se sentir réduite à ce vert de la prairie, ce rythme monotone d’une pluie banale, ce gris installé sur tous les promontoires de rêveries, ce silence des arbres qui passivement avalent cette eau dominante. et sans le moindre souffle, sans la moindre musique se laisser imprégner d’une intime conviction …. l’attente …

saurai je alors chanter ?

Couleurs de Philippe Jaccottet

by florencebenedettigall

cette fin d’après midi d’hiver inhabituel me renvoie les mots de Jaccottet:

 » Parce que c’est juste avant la nuit, qui tombe tôt, c’est un moment assez bref, à la limite du perceptible ; juste avant que les couleurs ne se fondent dans l’obscurité. Cela dure peu, mais surprend d’autant plus : comme quand une ombre passe vite et s’enfuit, sans qu’on puisse espérer la rattraper jamais. C’est comme si l’on avait déposé sur les choses des couches de peinture extrêmement minces, qui laisseraient passer un peu d’une luminosité qui viendrait d’ en dessous ; couches de couleur translucides, mais sans être brillantes.

Comme des lames vitrifiées ? couleurs nette

Un paysage vu  » in extrémis » ( sans qu’on éprouve à le surprendre ainsi nulle mélancolie, au contraire ). Quelque chose qui s’émacierait, se décanterait avant de s’effacer ; se transfigurerait, si l’on veut, mais modestement, en passant presqu’inaperçu, en se cachant. Quelque chose, aussi, d’ultime, ou de mieux: de pénultième ; presque déjà de l’obscurité et, d’une certaine manière, infranchissable ; on se dit qu’on ne pourrait pas s’y promener ou que, le voulût-on, ce serait ce serait comme ces mirages dissipés dès qu’on s’en approche, ou quand on cherche à s’en assurer. Un court instant avant la nuit, une élucidation ? nullement : un autre état des couleurs, quelque chose comme leur propre souvenir, leur adieu contenu dans leur présence. Des surfaces, des lames de couleur, extrêmement minces, une atténuation de la présence des haies, des prés, des bois; ce qu’est une rumeur au bruit, ou au silence. Sans absolument rien de spectral ou d’occulte.

Couleurs sombres déjà, mais en quelque sorte transparentes : telles qu’un peintre pourrait les avoir imaginées, puis posées sur la toile, ou plutôt sur une feuille de soie … » ( COULEURS, LA_BAS de Philippe Jaccottet )

Je dois arrêter de taper sur le clavier : dans le ciel clair s’est installée une lune presque complète qui efface tout le reste. Je suis embarquée dans ce nouveau temps.

la balance

by florencebenedettigall

la balance de la vie

le chant clair des graines

les futurs les possibles

les champs d’or ouverts

les arabesques dans le ciel

et les mots et les rêves

je me laisse avec joie

sans projet

sans discours

suivre le mouvement de cette simple

vie.

Dernière

by florencebenedettigall

Dernière petite grappe de feuilles jaunies, prêtes à suivre les autres, à disparaître dans le vent et le froid…adieu.

Mais, dans le mouvement du temps, solides, bien attachées ensemble aux tiges essentielles, les gousses se balancent, prises ensemble dans ce vent et les temps possibles.

Elles chantent sous la fine pluie d’aujourd’hui, et portent un futur auquel je me rattache.

Aujourd’hui.

Et les mots qui suivent

by florencebenedettigall

Texte de Jean-Pierre Spilmont, « L’humanité lumineuse. »

« Parfois cela peut commencer par un regard.

Celui que l’on porte sur ces gens

qui marchent doucement

et qui abandonnent derrière eux

des morceaux de phrases.

Et c’est comme si des paroles

flottaient encore dans l’air,

longtemps après leur passage,

s’entrecroisaient, se mêlaient à d’autres voix

pour que l’on puisse cueillir

tous les mots abandonnés et les confondre,

les enchevêtrer, les combiner entre eux

pour inventer une histoire.

On essaie de se souvenir de ce qui fut important

On fait des signes avec des mots.

On laisse des traces

ou bien une trace

une seule,

comme un outil abandonné à terre

(…)Et c’est comme si des paroles

Flottaient encore dans l’air

Longtemps après leur passage.

Dehors, la neige recouvre la mémoire de l’été.

On déserte le ciel qui nous vit passagers

des nuits de plein vent lorsqu’on marchait

Vers quelque crête aux promesses d’éblouissement. »

merci, Jean Pierre Spilmont, de ces mots simples et facilement adoptés.