Mots de glycine

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avec Erre

by florencebenedettigall

Antoine Emaz ses derniers textes

 » Le mot comme ce qui reste du geste

du temps pris

du temps pris

ralenti dans un geste

du temps aujourd’hui

un geste a pris le temps

très lent

quelque chose comme

sédiment

ou du temps sable

mais pas seulement

cela ne suffisait pas

pour doucir

autant

quelque chose bouge doucement

vibre ou tremble

comme les feuilles de l’acacia. « 

Bonheur des mots premiers et peut-être derniers

des mots de partage intense

de partage de vie.

le fil

by florencebenedettigall

Je relis les mots d’Antoine Emaz:

On ne va pas reprendre le fil

il s’est dénoué

on va dans le dénouement

et c’est tant mieux

doucement

et tout ce qui est perdu

l’est

et tant mieux

tant pis

aucune importance même si

le corps rappelle le temps

mais pas maintenant

aucune importance

il faudrait dire aussi

le silence

comme

ce qui n’a plus besoin de mots.

Antoine Emaz, Erre.

Ces mots premiers, derniers, ce rythme respiration première dernière, ces accords sonores premiers derniers …avec eux, j’erre, je respire, dernière, et première avalée du temps… fil de marche fil de vie.

Erre

by florencebenedettigall

Le mot fascine …les éditions Tarabuste publient un ouvrage posthume d’Antoine Emaz, ERRE …. de quoi filer et se laisser porter dans le vent dans le temps. En voici un extrait :

7.07.2018

Le mot comme ce qui reste du geste

du temps pris

du temps pris

ralenti dans un geste

du temps aujourd’hui

un geste a pris le temps

très lent

quelque chose comme

sédiment

ou du temps sable

mais pas seulement

cela ne suffirait pas

pour doucir

autant

quelque chose bouge doucement

vibre ou tremble

comme les feuilles de l’acacia

…………………………………………………..

du temps qui reviendrait

doucement ensabler

maintenant

maintenant le présent

l’empêchant le freinant doucement

dans cette fin de soleil

sur la peau

usée couturée

qui ne demande rien d’autre

qu’à être là

surtout pas rajeunir

revenir surtout pas

là seulement

mais du temps déposé

également

Ce travail d’écriture est boule versant…Antoine Emaz est ici présent à travailler avec ses mots essentiels

Il nous tire il nous tient il vibre et nous ressentons si fort la respiration de l’écriture, de la vie,

et nous osons écrire et reprendre, et effacer, et réécrire …vivre.

Il est présent, malgré …

Comme le martin pécheur prend feu

by florencebenedettigall

Jaccotet me renvoie Hopkins:

« Comme le martin pécheur prend feu, comme la libellule s’enflamme « 

Et moi j’ai vu j’ai lu, j’ai revu j’ai relu, et l’un et l’autre en ce novembre lumineux s’agitent, nous tiennent dans leur mouvement de vie, bien au delà de nos sinistres réalités.

« Choses qui vous parlent sans vouloir vous parler, qui n’ont nul souci de vous, dont aucun dieu ne saurait faire ses messagères.

Fragments brillants du monde, allumés ici ou là. Mi-parti d’orange et de bleu, de soleil et de nuit.

Ou très tendre regard, feu et nuit, qui se serait posé sur vous un instant. Pour la toute dernière fois

.

Jour de novembre, faste, où un martin-pêcheur a pris feu dans les saules.

Peut-être n’est-il pas plus nécessaire de vivre deux fois que de le revoir une fois disparu ?

OIseau ni à chasser, ni à piéger, et qui s’éteint dans la cage des mots.

Une seule fois suffirait, pour quoi ? pour dire quoi ?

Un seul éclair plumeux

pour vous laisser entendre que la mort n’est pas la mort ?

Chasseur, ne vise pas: cet oiseau n’est pas un gibier.

Regard, ne vise pas, recueille seulement l’éclair des plumes entre roseaux et saules.

Alliant dans ses plumes soleil et sommeil.

…. « 

ET moi, avec l’amie j’ai vécu la présence de vivantes libellules , vivifiant et dessinant la mare délicate et présente. Et les saules et les peupliers alentour la colorant, lui donnant forte présence dans les reflets et les échos.

Et le martin- pêcheur de Philippe Jaccottet ( Et, néanmoins ) s’est mêlé à la beauté de cette mare presque légendaire.

et encore

by florencebenedettigall

bien sûr et encore et de nouveau

et peut-être et c’est probable

et vide et ment et songe et mensonge

et mot et mal et moment et mental

et désordre et pagaille et fontaine

et trésor

et confus et perdu et brouillard

vers la mort

vers la rose

mer je n’ose

mer je plonge et atttends

avec coeur

le silence des choses

le silence du coeur.

Laisser

by florencebenedettigall

Andrée Chedid me souffle quelques uns de ces textes L’Etoffe de l’univers, dont celui ci,

écrit en juillet 2006 :

Laisser:

Je plante là ma vie

qui m’encombre

Se rabâche

Et me fuit

Je l’égare, la dépose

Et l’abandonne

Elle m’importune

Je cède et je la ressaisis

Pour l’imaginaire des choses

Et le langage des fruits.

dissolution

by florencebenedettigall

des mots effacés avant d’être reconnus, des images esquissées puis dissoutes, des rêves à peine visibles intérieurement qui se sont mêlés à la grisaille présente et n’ont rien laissé si ce n’est le mouvement de leur venue et de leur départ …

le temps passe et dépasse les quelques projets venus d’eux mêmes

Le temps file et détruit, le temps souffle et entraîne la pluie à tout dissoudre dans le gris.

Et la glycine s’agite et pleure et revit, présente, de son feuillage encore chantant.

Plus léger

by florencebenedettigall

plus léger que ce temps difficile, plus léger que bien des poèmes de cette grande créatrice, Michèle Finck, ce petit trio superbe :

« Tremblement

sur le piano noir

D’un flocon de neige. « 

Je me le suis très vite approprié, et je l’en remercie.

Et son dernier texte de « Scansion du noir  » :

« Ciel silence cigale

J’écris

D’un seul coup tout autour des tortues sauvages. « 

« 

Trois cailloux

by florencebenedettigall

Trois cailloux dans ma poche, ramassés près de la mer

deux noirs, un ocre jaune, plats et lisses, très lisses,

je pense en les touchant au chemin et au temps parcouru,

je pense en les touchant au désir d’aller dans l’inconnu

à la force interne qui soude leurs particules, à celle

des vents, des sables et des eaux

dont le jeu me permet je ne sais pourquoi,

de toucher quelque chose comme

un dur noyau d’être dans l’ouvert

Ainsi raconte Lorand Gaspar dans  » Derrière le dos de Dieu « .

Ajout

by florencebenedettigall

ajout de titre ajout de jour

ajout de rythme

ajout d’amour

ajout de perte

ajout de pleur

ajout de fleur

ajout de rêves.

Ajout de ciel

ajout de souffle

ah joue et ouvre

et accueille et entoure

et laisse vibrer

et branches et tronc

de ta vie en rêves.

Et joue et joue …