Mots de glycine

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Peur

by florencebenedettigall

Le froid est revenu il y a deux jours

mon travail violemment bloqué

comme vignes et cerisiers

grappes naissantes en souffrance

angoisse et silence crispé

j’attends j’espère

au coeur de moi même

la résistance

puis la reprise de mon travail

de vie de chant

de mots de futur.

Le ciel très chargé va peut être s’agiter

et libérer

l’eau de vie

les grappes de mots

les mots de glycine

J’attends je tremble

je guette le moindre signe

de re-vie.

été/hiver

by florencebenedettigall

Bon soleil calin cet après midi, mais ce matin, moins cinq et neige sur les rebords de Belledonne,

Je vis de contrastes: à côté de moi boutons d’or envahissants qui luisent en chantant, et débordement de gros muscaris qui vont bientôt perdre leur bleu.

Moi je vais doucement, mes grappes formées hésitent à s’ouvrir, laissent le temps les échauffer, les restes hivernaux, suspension des gousses à demi éclatées, sont encore rattachés à mes branches. Le travail se fait lentement.

Et peu à peu s’approchent quelques papillons, bourdons et abeilles. La vie avance, tout le raconte. Juste un temps d’arrêt inquiet du côté des humains.

Sur la toile où peindre mes lieux de vie, il faut absolument rajouter une grande vague de jaune, celle des tulipes toutes ouvertes et souriantes, en ce temps de développement.

tous les temps

by florencebenedettigall

Avant que la floraison ne prenne le dessus _ et c’est bientôt , car le mauve s’installe _ je réalise que je porte le passé le présent le futur. Les gousses suspendues encore à mes branches, presque toutes éclatées, tordues, ayant lâché les brunes luisantes pastilles, quelques unes n’ont pas encore éclaté, le soleil va s’en charger peut-être aujourd’hui. Et dans l’herbe, des restes de ces gousses, et quelques pastilles pas encore absorbées dans le sol et les végétaux nous content le temps. J’entends et la musique du futur, et celle du passé.

Je sais qu’ainsi je raconte. Un jardinier appliqué aurait déjà supprimé les restes passé -futur, pour alléger cet espace. Moi je garde ce monde tel quel , que les abeilles viennent de plus en plus visiter. La floraison en cours, et les futurs possibles que les grappes naissantes me disent , portent cette force de vivre, malgré les malgrés.

Glissons glissons et ouvrons nous au futur.

sure fabrication

by florencebenedettigall

Merveille oui , et c’est normal,

mère veille sur ses enfants en pleine fabrication

vert premier, non gris argent, non, beige terne avec des filets sombres

d’où s’installe l’autre couleur

sa réplique son complément

son enfant son futur

à surveiller jour après jour

heure après heure

car, c’est sûr, le mauve va

bientôt sur chaque branche s’installer

subtile transformation

mais si sûre si confiante

que la légèreté devient dominante

pour un futur.

Je vis cette métamorphose

heureuse de ce temps de création

et le peintre en moi travaille :

arriver moi aussi il le faut

à faire surgir du gris brun de chaque branche

ce vert argent qui lui même se transforme en mauve

de naissance.

Et la mer au loin

veille

avec sa musique ineffaçable.

Envol en voix

by florencebenedettigall

Je regarde une photo de cigognes en vol ….larges ailes en pleine action, je les entends glisser dans l’air de ce matin , et leurs voix m’arrivent énergiques et sures.

Une telle détermination, une telle sûreté de direction, et un tel sens de l’Ensemble …

Moi, quelques mots , quelque souffle, un désir d’avancer, de se soulever, de voler peut-être, mais un si faible pouvoir d’élévation.

Je tente chaque jour de lever ma voix vers là haut !!!

Couleur de terre

by florencebenedettigall

Le petit livre merveille d’ Anne Marie et Philippe Jaccottet revient sur mon chemin :

 » Chemins, taches rousses des sédums, lianes des clématites sauvages, chaleur du soleil couchant.

(Noté d’abord cela, pour ne pas oublier l’intensité singulière de ces instants.)

Ces taches rousses sur les rochers _ comme on parle de la lune rousse _, comme des morceaux de toison, de la toison du soleil couchant; et puis ce lien entre chemins et chaleur, une chaleur émanée du sol; et le chemin, une sente plutôt qu’un chemin, « la sente étroite du Bout du Monde », mais justement pas du Bout du Monde: d’ici, de tout près, sous les pas. (Non dans un livre.) Tendre trace silencieuse laissée par tous ceux qui ont marché là, depuis très longtemps, trace des vies et des pensées qui sont passées là, nombreuses, diverses, traces des bergers et des chasseurs d’abord – et il n’y a pas si longtemps encore -, puis de simples promeneurs, d’enfants, de rêveurs, de botanistes, d’amoureux peut-être Le temps humain qui inscrit ses lignes souples dans le sol. « 

C’est le début de  » Couleur de terre « , et je reprendrai ce chemin avec émotion.

Sa présence

by florencebenedettigall

Je l’entends me chuchoter à l’oreille des mots qui me font respirer:

« C »est ainsi que sur le rôle des mots, à défaut des pensées, des images me viennent; je vois des navettes courant ur le métier du tisserand, des barques sur des canaux, des remorqueurs, des péniches comme on en découvre à certains noeuds du trafic, dans le miroitement des Pays-Bas. Un instant, les mots m’apparaissent pareils, allant et venant, circulant dans l’espace invisible de l’esprit, tissant un réseau utile,inlassablement, depuis toujours, ou aussi bien une sorte de vêtement. Ils aideraient la vie, ils nous réchaufferaient, nous abriteraient. »

C’est Philippe Jaccottet , dans A travers un verger . Sa présence s’impose, discrète, et rassure.

Maintenant

by florencebenedettigall

Une feuille m’arrive ce matin venant de Philippe Jaccottet:

« Maintenant la terre s’est dévoilée et la lumière du soleil en tournant comme un phare fait les arbres tantôt roses tantôt noirs.

Puis elle écrit sur l’herbe avec une encre légère « 

Respirer

by florencebenedettigall

reprendre les fils, de trame et de chaîne qui sont en place depuis longtemps, et continuer le tissage de branches, de paroles, de nuages, d’oiseaux, de chansons, de mains, de rêveries, et de simples syllabes porteuses: per …en …dis … ar … et laisser le rythme de la respiration agir.

et passer et repasser, et laisser le fil raconter, même s’il est tout ordinaire, sans projet ni perspective particulière, comme d’autres, seulement passer et repasser, tout en sentant derrière soi d’autres qui passent et repassent, sans autre raison que la simple respiration de VIE.

elle arrive

by florencebenedettigall

Dans le tissage bien installé de pluies et de nuages, l’attente , oui l’attente d’une giclée vibrante de vie .

Je l’entends, elle bourdonne au loin et de sa lumière va briser, faire exploser ce temps désolant. Mes bourgeonnantes poussées l’attirent, je le sais, et je guette sa venue, et sa musique dansante.

Je le sais elle arrive, forte de vie, elle arrive.