Mots de glycine

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Tisse

by florencebenedettigall

Tisse les herbes

tisse la pluie

tisse le vent

tisse les cris

tisse les voeux

tisse les souffles

tisse les mots

qui vibrent, et nos routes.

Tisserande

by florencebenedettigall

j’essaie de l’être, tisser des mots qui dans l’eau de vie, s’agitent et parfois s’imposent.

Tisser juste pour le plaisir de voir se dérouler cette toile qui n’a aucune raison d’être, si ce n’est: ne pas disparaître,

des mots qui viennent et désirent juste se glisser

juste se croiser avec d’autres, ceux de la trame, enfouis, peu visibles.

Et moi, la glycine je fais, de manière naturelle, sortir quelques mots qui dans la poussée de mars, commencent à

se gonfler pour vivre.

C’est ainsi, énergie nécessaire

tissage non calculé mais inévitable.

On voit

by florencebenedettigall

Il revient me trouver, Philippe Jaccottet, avec ses Pensées sous les nuages :

« Derrière la fenêtre dont on a blanchi le cadre

(contre les mouches, contre les fantômes),

une tête chenue de vieil homme se penche

sur une lettre, ou les nouvelles du pays.

Le lierre sombre croît contre le mur.

Gardez le, lierre et chaux, du vent de l’aube,

des nuits trop longues et de l’autre éternelle. »

Et un bruit fluide m’attire:

« Quelqu’un tisse de l’eau (avec des motifs d’arbres

en filigrane). Mais j’ai beau regarder,

je ne vois pas la tisserande,

ni ses mains même qu’on voudrait toucher.

Quand toute la chambre, le métier, la toile

se sont évaporés,

on devrait discerner des pas dans la terre humide. »

Restent pour nous des mots, reflets fugitifs de ces temps de vie.

Et commence

by florencebenedettigall

Et commence le bourdonnement, commence l’éblouissement, et les futurs s’annoncent, malgré tous les signes étranges d’une vie humaine bouleversée.

J’ ouvre, je capte, j’accueille, je saisis, car lumière s’avance déjà tôt, et chaleur se prépare, er vibrance des uns et des autres , en ce presque printemps.

Seul, esquinté, le monde humain boite, souffre sans bien saisir , sans bien guérir son mal de vivre.

Abeilles ont commencé leur saison de vibrances et de travail. je m’en réjouis, et les chante en mes branches pleines de futur.

Il faut vivre ensemble , chanter pour attendre, et respirer le soleil

Attentifs, confiants.

S’en est allé

by florencebenedettigall

le 24 février s’en est allé Philippe Jaccottet, par les chemins des nuages qu’il savait nous faire découvrir;

« Maintenant nous montons dans ces chemins de montagne,

parmi des prés pareils à des litières

d’où le bétail des nuages viendrait de se relever

sous le bâton du vent.

On dirait que de grands formes marchent dans le ciel.

La lumière se fortifie, l’espace croît,

les montagnes ressemblent de moins en moins à des murs,

elles rayonnent, elles croissent elles aussi,

les grands portiers circulent au dessus de nous_

et le mot que la buse trace lentement, très haut,

si l’air l’efface, n’est-ce pas celui que nous pensions

ne plus pouvoir entendre ?

Qu’avons-nous franchi là ?

une vision, pareille à un labour bleu ?

Garderons nous l’empreinte à l’épaule, plus d’un instant

de cette main ? « 

Philippe Jaccottet, le mot Joie, A la lumière d’hiver, Poésie Gallimard

En quelle contrée ? Ici ?

by florencebenedettigall

Ici, ils sont passés mais je ne peux que m’efforcer de vivre la poussée du temps, et l’énergie de mars qui ici frémit et fait revivre.

Les explosions de mes gousses ont commencé à sonner et résonner au cours des fins d’après midi , et la poussée interne habite diverses branches. Bientôt le bourgeonnement, bientôt l’intime activité, bientôt ce mouvement plus fort que tous les vols de nos oiseaux. Je me prépare et intensifie mon interne volonté de continuer cette vie ci.

Je chante en moi des mots vivants et dentelle leur travail.

Je respire et m’affirme

moi, la Glycine.

Et volent les oiseaux, les suivent les cinq de Livio,

reste présent ici

le gardien de ma vie.

Où sont ils ? envol ou vol ?

by florencebenedettigall

Ils ont disparu, les cinq oiseaux que Livio avait installés au dessus du Bréda, chantant la paix pour la commune de Pontcharra. Le mystère pour la suite de leur vol. Probablement mis à l’ombre dans un dépôt de vieilleries à jeter, ils n’ont pas encore chanté leur autre vie. Vol ? ou Vol ?

Insupportable, car ils disaient la paix, et rappelaient sur la plaque de marbre, elle aussi disparue, les noms de victimes de cette cité. Une petite association pacifiste s’était créée à Pontcharra pour porter ce désir essentiel .Et je me souviens très fort de la joie du créateur, en accord avec ce désir de dire la paix.

Le temps avait du dégrader l’ objet, du coup on balance tout sans rien dire. Dégout de ce genre d’agissements.

Moi, la glycine, j’ai la chance d’avoir un oiseau de bronze, que Livio avait créé avec Luc, dans son travail de gestation du fameux monument. Et avec tous les autres cet oiseau a ici forte présence.

Et d’autres oiseaux …

by florencebenedettigall

d’autres ont disparu, envolés ? enfermés ? effacés ?

ils sortaient de leur cage, avaient franchi la zone qui sépare la guerre de la vie en paix, ils chantaient librement pour tous ceux qui passaient, et affichaient ce dépassement léger de la vie humaine.

Ils ne sont plus, étrange énigme. Le Breda, petite rivière joyeuse, continue à chanter en passant sous ce pont, le Breda en sait il plus ?

Et enfin ?

by florencebenedettigall

La voix du conteur poursuit le voyage , et je poursuis mon vol vers … vers … vers ??? :

 » Certains d’entre eux voulaient revenir en arrière,

mais le chemin s’était effacé derrière eux.

Il s’effaçait à chacun de leurs pas.

Ils ne laissaient aucune trace.

Etaient-ils passés par ici ?

Par là ?

Les points cardinaux s’étaient emmêlés.

Ce n’était ni le jour ni la nuit.

Ni l’objet, ni le reflet de cet objet.

En traversant le fleuve sombre,

ils aperçurent des spectres

qui déchiraient le ciel de la nuit

et ils crurent s’y reconnaître.

Sur l’autre rive, ils rencontrèrent

d’autres spectres,

qui les laissèrent passer sans un mot.

Tout à coup, derrière un guichet, un gardien leur dit :

 » Que voulez-vous, oiseaux ?

_ Nous sommes venus jusqu’ici,

car nous voulons voir notre vrai roi !

_ Non, vous ne pouvez pas le voir !

Il est très éloigné de vous !

Que pourrait-il faire d’une impuissante poignée de terre,

comme vous ?

Partez !

_ Non ! Par pitié !

Nous avons la gorge sèche, les ailes meurtries.

Nous nous sommes brûlés les ailes pour venir !

Ne pourrions-nous pas l’entrevoir ? « 

Ils se sentaient à bout d’espérance,

car ils avaient perdu leur vie, leurs forces.

A quoi bon leurs efforts, et tous leurs sacrifices ?

Comment revenir en arrière ?

Alors ils virent un homme aux yeux mi-clos qui leur dit,

d’une voix rauque mais douce :

 » Ce voyage n’était pas pour vos yeux.

Il ne faut pas voyager pour voir, mais pour ne pas voir.

Il faut se fermer au spectacle du monde.

Vous avez vu tant de choses que vous ne regardez plus rien.

Il faut ne regarder qu’en soi. »

Il leur tendit un miroir et leur dit :

 » Oui, vous avez atteint votre vrai roi. Regardez.

Ce roi que vous avez tant cherché, le voici,

c’est vous-mêmes.

Et vous-mêmes, vous êtes ce roi.

Vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur. »

Ils réfléchirent à ces paroles toute une nuit.

Le lendemain,

à l’aube,

ils étaient prêts. « 

A cet instant peut-être Jean-Claude Carrière les rejoignit.

Et après ?

by florencebenedettigall

Tout à coup,

sur le front d’unvoyageur expérimenté,

ils crurent voir les sept vallées.

Ils lui demandèrent:

 » Les avons-nous toutes franchies ?

_ Non, leur dit-il, car il en reste encore une.

_ Comment s’appelle-t-elle ? « 

Il hésita avant de leur répondre :

 » La vallée de la mort  » .

Ils furent alors terrorisés.

 » Non ! Par pitié ! Epargne nous cette vallée !

Nous ne voulons pas mourir à la fin du voyage !

Prends pitié de nous, et que notre ardeur soit récompensée !

Nous sommes les survivants !

Ecarte la mort de notre chemin ! « 

Quelsues uns se sentaient abattus et désespérés,

comme si la volonté même de vivre leur avait soudain échappé.

Comme si déjà ils n’étaient plus.

Une voix plus douce et comme effacée, leur dit alors:

« Toutes les choses du monde sont dissimulées

derrière un voile

Elles sont ce que tu vois,

et aussi ce que tu ne vois pas. »

Après un silence, la voix ajouta :

 » La mort fait partie de ces choses.

Car parfois ce que tu prends pour la mort

n’est pas la mort. « 

Ils virent une barque et ils comprirent qu’ils devaient y monter.