Mots de glycine

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La sixième

by florencebenedettigall

J’entends à nouveau la voix régulière et dynamique du conteur, Jean Claude Carrière :

Ils s’engagèrent dans la sixième vallée

et ils entendirent une autre voix qui disait :

 » Vallées, montagnes, mers,

tout est l’oeuvre du temps.

Et vous, oiseaux,

vous n’êtes même pas une journée de travail,

Votre existence n’est qu’un souffle.

Même le vent ne peut pas l’entendre. »

 » Comparés aux vallées, aux rochers et aux fleuves,

vous n’êtes même pas un passage sur la terre.

Vous n’êtes même pas un instant « 

 » Certains hommes se disputent et jouent,

Ils font du bruit pour ne pas entendre leur coeur.

D’autres n’écoutent que le silence.

Que vous importe. Gardez courage et avancez encore ! « 

Ils virent alors un enfant

qui semblait marcher

dans la lumière.

Ils virent une femme chargée de paille, qui ne pouvait voir que le sol,

et qui leur dit, d’une voix fatiguée :

« La paille peut être lourde mais le plomb ne peut jamais être léger. »

Ils lui demandèrent:  » Où sommes-nous ? »

Une autre voix leur répondit:

 » Vous êtes entrés dans la vallée du néant. »

Ici les visages ne sont plus des visages.

Les mains ne sont plus des mains.

Le solide n’est plus solide,

et le liquide n’est plus liquide.

L’ombre elle-même est lumineuse.

Et elle est parfois plus grande que nous.

Ici l’oeil est atteint d’un vertige

et il ne distingue plus rien.

Il croit voir et il ne voit plus.

Les oiseaux frissonnaient de peur.

Mais une autre voix leur dit :

 » Ce monde n’est que le cadavre du néant.

Pourquoi auriez vous peur ?

Oubliez maintenant la route et

laissez vous prendre par l’ivresse. »

Ils reprirent leur vol dans le néant.

le voyage continue

by florencebenedettigall

Des formes leur apparaissaient ,

là où ils n’attendaient que des images.

Des formes insaisissables,

qui se confondaient,

qui changeaient sans cesse.

Il était même impossible

de leur donner un nom.

Images improbables,

dieux flous…

Ils s’avançaient,

sans le savoir,

dans la vallée de la stupeur.

Des merveilles imprécises,

aussitôt dispersées,

surgissaient soudain sous leurs yeux.

Ils se demandaient:

 » Qu’avons nous vu ? « 

Ils crurent même apercevoir le Mont, et ce qu’il restait de l’arche de Noé.

Rien dans ce monde n’est plus troublant qu’une chose

qui n’est ni claire, ni obscure

qui n’est ni soleil, ni ombre.

Parfois même des formes inconnues surgissaient,

nées de la lumière,

et disparaissaient aussitôt.

Ils continuèrent.

L’Envol, La Conférence des oiseaux, Reza et Jean Claude Carrière.

Et puis

by florencebenedettigall

Et puis ils reprirent leur souffle, et moi aussi, pour vivre la suite :

 » Ils pénétrèrent

dans la quatrième vallée.

Tout aussitôt,

ils survolèrent une eau

qui ressemblait à une prairie.

Ils se crurent perdus, ils s’avançaient à l’aveuglette.

Ils comprirent que tous les pays ont une brume,

dans laquelle ils s’égarent parfois.

Même les hommes leur apparaissaient à demi effacés,

comme si l’air les mangeait en partie.

La netteté des choses et des êtres leur échappait.

Ils ne pouvaient pas faire la différence entre le haut et le bas.

Ils surent alors qu’ils étaient entrés

dans la vallée de l’unité,

là où les dissemblables se rejoignent,

là où les substances se confondent.

Ils voulurent s’arrêter un moment,

car ils se sentaient hors de danger,

mais une voix leur cria :

 » Ne t’arrête pas !

Si une chose t’arrête,

elle devient ton idole !

Ils reprirent leur vol.

Mais certains commençaient à perdre jusqu’à l’acuité de leur vision. « 

La troisième

by florencebenedettigall

La voix du conteur revient, en ce matin lumineux, me conduire vers la troisième vallée :

« Pour entrer dans la troisième vallée,

ils durent frapper à plusieurs portes.

Une seule s’ouvrit.

Ils virent des formes

qu’ils ne pouvaient pas reconnaître.

Ils virent des traces sur le sol,

qu’ils ne pouvaient pas déchiffrer,

et qui pourtant semblaient parler.

Ils virent des livres

qu’ils ne pouvaient pas lire.

Ils virent des noeuds

qu’ils ne pouvaient pas défaire.

Ils virent des foules où ils se perdirent.

La nuit venue, ils se reposèrent sur des branches, entre la terre et le ciel.

Des branches qui avaient entendu les plus beaux chants du monde.

Les branches leur dirent qu’ils avaient traversé la vallée de la connaissance.

Qu’avaient-ils appris ?

Qu’ils ne pouvaient plus s’arrêter. « 

La deuxième

by florencebenedettigall

En entrant dans la deuxième vallée,

ils virent un homme égaré,

qui cherchait

en vain le soleil.

Il le cherchait depuis longtemps,

toutes les nuits.

C’est ce qu’il leur dit.

Il leur demanda même des nouvelles du soleil.

Il leur dit aussi:

« Attention, si vous entrez !

C’est ici la vallée de l’amour !

Il faut se jeter tout entier dans l’amour !

Il faut perdre la tête et les pieds ! « 

Ils s’y engagèrent.

L’amour exige la douleur et le sang du coeur.

Mais il peut à chaque instant te donner sa force, qui est sans limite.

Surveille toutes choses,

sois vigilant,

car il y a des voleurs de coeur aux alentours.

Méfie-toi aussi des charmes,

et des apparences de l’amour.

Car tu pourrais ne plus rien voir,

ni chez les autres

ni en toi-même.

Première vallée

by florencebenedettigall

« Quand ils s’en approchaient,

une brume leur recouvrait les yeux.

La première vallée,

leur avait dit le vieil homme,

est la vallée de la recherche.

Il faut chercher son chemin partout, si on veut le trouver

un jour

quelque part.

il disait aussi:  » Il faut aux patients beaucoup de patience.

Regarde les pieds de ce voyageur.

On le dirait chaussé de cailloux.

Mais dans quelle vallée s’avance-t-il ?

Il n’en sait rien. Il perdu le compte. Et cependant il marche encore. « 

Merci à Jean Claude Carrière qui avait repris le texte ancien de la Conférence des Oiseaux, dans  » l’Envol », son ami Reza l’avait superbement illustré.

Peut-être

by florencebenedettigall

peut-être nous aussi sommes nous pris dans un mouvement inconnu … nous ne pouvons en aucun cas, malgré notre connaissance de la vie, éclairer, dominer.

Ce matin dans le grand trouble

ciel et terres blanchis

très léger balancement de mes gousses

trés fébrile hésitation d’un futur

et derrière, bien installé, un large treillis horizontal

sommes bloqués inutiles muets

Soudain soupir

dans la confusion du seringa

douce présence

envie de vie

s’agitent deux mésanges.

Nous glissons

by florencebenedettigall

Nous avons glissé nous glissons

vers d’autres signes d’autres chiffres

et neige et rêves

pluies et frissons

installent un futur peut-être

Juste un doux frisson du temps

car quelques soient les chiffres

le temps suspend son souffle

Or s’agitent en bavardages

mes oiseaux mes familiers

mes vivants.

Et moi

j’attends.

La goutte d’eau

by florencebenedettigall

 » Bout de pensée: Est-ce que la goutte d’eau que je caresse à un endroit du ruisseau aura la mémoire de ma caresse, plus loin, au moment de se jeter dans un fleuve ? Et cette mémoire, l’eau l’aura-t-elle encore au moment de se jeter dans la mer ? Et si ce sont des mots, resteront-ils prisonniers dans les gouttes jusqu’à la mer ? Est-ce que je peux raconter la nature en prenant des parties se fondant en un tout ? « 

je lis ceci dans  » Elysée, avant les ruisseaux et les montagnes » de Thomas Giraud. Je m’en régale.

by florencebenedettigall

Je laisse danser mes gousses, où dorment les graines de nos futurs

je laisse danser les graines qui donneront jeunesse et rêves purs

je laisse chanter en moi, je laisse chanter pour tous

les rythmes de demain, les contes des vents et des pluies.

Arrive ainsi, ailleurs et en nous, l’oscillation des mondes,

le chant des possibles, les mots qui viendront se dire.

Arrive ainsi le peut-être de cette vie

si étrange.