Mots de glycine

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suite

by florencebenedettigall

Je poursuis le texte de Lorand Gaspar, fin de « La maison prés de la mer II:

 » à chaque jour sa cargaison

d’horreurs, de crimes, de folies

cruauté humaine dite inhumaine

et c’est vrai qu’il vaut mieux se rappeler

tout ce que l’homme est capable de faire

par sa seule puissance limitée_

pourtant ce n’est pas seulement un rêve

que des clartés circulent entre nous

que jamais la haine, l’avidité,

ni notre bêtise n’ont su encore

détruire _ « 

15 juin

by florencebenedettigall

L’envie d’écrire sur les cailloux, sur les feuilles, sur les chemins de sable, sur les flaques d’eau …juste écrire pour dire « je vis encore » ? ou pour répondre à d’autres, ou pour ne pas se dissoudre, ou s’évaporer. Nulle prétention, juste le mouvement de vie …

« Bonheur de suivre les dessins intimes

d’un mouvoir sans fin dans ses infimes nervures _

tissage d’une feuille, d’un cerveau,

l’empreinte fugitive du vent dans les sables

d’une musique dans la mémoire mortelle _

l’écriture qui traverse sans s’interrompre

les corps et les choses qu’un rien déchire _

écriture d’herbe des Tchang Tche et des Wang

d’un trait souple de vive mélodie

truite qui remonte l’eau claire du torrent _ »

Les mots de Lorand Gaspar (La Maison prés de la mer) poussent mes doigts à écrire sur mon jardin, sur les nuages, sur l’écran du présent.

12 juin

by florencebenedettigall

Indifférent aux

plaintes larmoyantes

le jardin hurle

la vie.

Avec les mots

by florencebenedettigall

Je relis Guillevic avec tant de plaisir …

« En somme,

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Les chemins, les maisons, tout cela

Que tu vois dans la plaine

Et que tu voudrais prendre.

Il faut les laisser faire,

Par eux se laisser faire,

Ne pas les bousculer, les contrarier,

Mais les apprivoiser en se faisant

Soi-même apprivoiser,

Les laisser parler, mais,

Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,

Qu’ils ne savent,

De façon à recueillir le plus possible

De vieille sève en eux,

De ce que l’usage du temps

A glissé en eux de concret.

Merci, Seigneur Guillevic … texte vers la fin de Inclus, poème.

Demoiselle

by florencebenedettigall

La Demoiselle Libellule, aux quatre « l »faisant voler les voyelles légères, capable de planer « à niveau » ( en latin niveau se dit libella, à ne pas confondre avec libellus, petit livre …), la demoiselle me fascine … hier soir après un temps de grosse pluie, elle est venue tranquille survoler mon feuillage généreux. Vibrations si fines, stabilité fascinante de la transparence de ses ailes, choix directionnel si énergique et déterminé …mes mots sont lourdauds pour parler d’ Elle, ou d’ailes vibrantes.

Et dans mon vieux dictionnaire, elle me fait passer avec délices au mot suivant, et s’y arrête:

« Liber, du latin Liber, écorce d’arbre.

en botanique Liber, partie interne de l’écorce d’un arbre, composée des couches récentes les plus voisines de l’aubier et disposées en feuillets minces superposés. »

La Demoiselle est déjà repartie, en direction des arbres du fond du jardin.

Et moi j’ouvre au hasard le Poème Inclus du grand Guillevic, tourne les feuillets légèrement ( du moins j’essaie)… la voilà, elle s’est posée chez lui:

Sans peiner, à ce qu’on dirait,

La libellule,

Dans l’air qui tremble sur les joncs,

Ecrit sa geste,

Aussi bien gravée dans l’espace

Que tant de pesantes histoires

Gribouillées dans le sang des autres.

Je l’avais déjà vu venir, la belle, j’espère la revoir, dans le déroulement de l’écriture de sa geste .

et si dans l’écriture je pouvais atteindre son niveau de légèreté aérienne ….

Bon vol, Damoiselle … vole rejoindre ton damoiseau.

On avance

by florencebenedettigall

Il est sûr que dans l’état exubérant de vies végétales en concurrence , j’étouffe presque, je me tais, et la pluie presque froide m’a complètement envahie, et les mots se sont noyés, emportés sans signification, puis mêlés aux herbes folles qu’ici personne ne supprime .

Laisser le silence donner force vitale.

Laisser la respiration première revenir.

Peut-être des grappes de mots se formeront dans le fouillis des branches débordantes. Peut-être des mélodies se créeront, linéaires et dépouillées

pour une survie.

mot à mot

by florencebenedettigall

Ils et elles avancent mot à mot, défrichent, retournent la terre, laissent reposer, et quand c’est possible, sèment ou plantent, selon, et chacun, chacune, rêvent, attendent ou laissent pousser tiges et fleurs possibles, avec l’affection nécessaire pour que la plante respire.

Terrain difficile, terrain aisé régulier, friches inévitables, échecs fréquents par manque de souffle .Le travail des mots n’est pas un jeu d’enfant, car l' »âme enfantine », libre, audacieuse, joueuse n’est pas toujours bien présente. Quand l’enfant libre et joueur, se met à ce « travail », des fleurs surgissent avec aisance et même impertinence. Mais les enfants souvent ont disparu … et les mots pèsent et traînent trop de difficiles produits.

Patience, patience.

4.6.20

by florencebenedettigall

Et Guillevic revient, me conseillant , moi et les mots:

« En somme,

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Les chemins, les maisons, tout cela

Que tu vois dands la plaine

Et que tu voudrais prendre.

Il faut les laisser faire,

Par eux se laisser faire,

Ne pas les bousculer, les contrarier,

Mais les apprivoiser en se faisant

Soi-même apprivoiser,

Les laisser parler, mais,

Sans qu’ils se méfient,

Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,

Qu’ils ne savent

De façon à recueillir le plus possible

De vieille sève en eux,

De ce que l’usage du temps

A glissé en eux du concret

Guillevic, Inclus, poème.

Merci, si simples ces mots, si évident leur usage, si sure leur vie généreuse.

Tant de SI (suite)

by florencebenedettigall

« Dame Sirène, mi-songe mi-sculpture

fantasme en courbes ondulantes

dès que le temps devient bloc pesant,

et, derrière elle, en pleines ondes,

le sillage fascinant d’un voyage prochain;

peu à peu les sifflements les si vivants sons

de mouvance

avec légèreté s’y installlent

peu à peu s’effacent les angles les contrastes

peu à peu en si mineur

s’estompent les mouvements

et s’y glisse une plane douceur de vie

vers le si dense

vers le silence

alors

y chante

la

vie.

merci. »

2. 6. 2020

by florencebenedettigall

Moi, la Glycine, en plein travail de saison, dans le développement déterminé, je laisse aussi glisser les « SI… » sinon la vie ne serait que déroulement prévu et réalisé … Non, le son Si que je porte en moi, CI , revient toujours .

« Tant de Si viennent chaque jour

nuancer le réel brutal

en glissant des possibles …

aujourd’hui

plusieurs errant dans la mélodie

s’y insèrent en douceur … »

je laisse tout ouvert, l’air, les animaux, les évènements peut-être s’y aventureront … car rien n’est d’avance dessiné, de la trajectoire de mes branches, de leur volume, et de leurs actions . Si…