je suis tout juste

par florencebenedettigall

 

 

Je suis tout juste un peu d’air qui passe

air où naviguent mes amis oiseaux

air qui pénètre les poumons de la vie,

(celui qu’ils rejettent, que respirent les feuilles)

un peu d’air qui passe sans heurt sur les rochers, 

que traversent les sabres, les poings et les balles

j’accueille les rayons du soleil

et le noir invisible de la nuit

j’entoure la présence de la mort

son inconsistance peut-être-

mes longs bavardages avec la mer

le sable,  les cailloux, les herbes et les arbres

tensions et raideurs confiées à la danse

de l’air n’importe où qui se prête aux ailes;

parcourt sans heurt des montagnes rocheuses

pointes de couteaux et dents de rapaces-

je sens mes pensées tellement plus proches

des grandes courbes glissées des hirondelles

que du passage en force d’un bulldozer-

d’un souffle d’air qui passe sur les eaux

que des certitudes des princes de ce monde-

(…et j’ajoute pour mémoire …plus proche

des quatre impromptus de Brahms

que de … que de…que de…, etc…,etc !)

 

LORAND GASPAR,  Derrière le dos de Dieu, Gallimard 2010.