Et enfin ?
par florencebenedettigall
La voix du conteur poursuit le voyage , et je poursuis mon vol vers … vers … vers ??? :
» Certains d’entre eux voulaient revenir en arrière,
mais le chemin s’était effacé derrière eux.
Il s’effaçait à chacun de leurs pas.
Ils ne laissaient aucune trace.
Etaient-ils passés par ici ?
Par là ?
Les points cardinaux s’étaient emmêlés.
Ce n’était ni le jour ni la nuit.
Ni l’objet, ni le reflet de cet objet.
En traversant le fleuve sombre,
ils aperçurent des spectres
qui déchiraient le ciel de la nuit
et ils crurent s’y reconnaître.
Sur l’autre rive, ils rencontrèrent
d’autres spectres,
qui les laissèrent passer sans un mot.
Tout à coup, derrière un guichet, un gardien leur dit :
» Que voulez-vous, oiseaux ?
_ Nous sommes venus jusqu’ici,
car nous voulons voir notre vrai roi !
_ Non, vous ne pouvez pas le voir !
Il est très éloigné de vous !
Que pourrait-il faire d’une impuissante poignée de terre,
comme vous ?
Partez !
_ Non ! Par pitié !
Nous avons la gorge sèche, les ailes meurtries.
Nous nous sommes brûlés les ailes pour venir !
Ne pourrions-nous pas l’entrevoir ? «
Ils se sentaient à bout d’espérance,
car ils avaient perdu leur vie, leurs forces.
A quoi bon leurs efforts, et tous leurs sacrifices ?
Comment revenir en arrière ?
Alors ils virent un homme aux yeux mi-clos qui leur dit,
d’une voix rauque mais douce :
» Ce voyage n’était pas pour vos yeux.
Il ne faut pas voyager pour voir, mais pour ne pas voir.
Il faut se fermer au spectacle du monde.
Vous avez vu tant de choses que vous ne regardez plus rien.
Il faut ne regarder qu’en soi. »
Il leur tendit un miroir et leur dit :
» Oui, vous avez atteint votre vrai roi. Regardez.
Ce roi que vous avez tant cherché, le voici,
c’est vous-mêmes.
Et vous-mêmes, vous êtes ce roi.
Vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur. »
Ils réfléchirent à ces paroles toute une nuit.
Le lendemain,
à l’aube,
ils étaient prêts. «
A cet instant peut-être Jean-Claude Carrière les rejoignit.
Sept vallées….quel cheminement !